L’Empire du Milieu s’étend

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08L’effet Obama a du mal à arriver jusqu’à la mer de l’Est (ou mer de Chine méridionale). Normal, on n’élit pas un président aux Etats-Unis pour qu’il s’occupe en priorité des frontières maritimes vietnamiennes. Normal aussi, les Etats-Unis jouent la carte de la Chine pour résoudre certains problèmes immédiats – Iran, Irak, Afghanistan, économie mondiale… Le Viêt-Nam se retrouve donc seul avec une Chine qui s’amuse à sa guise dans sa Mer du Sud. Elle occupe les archipels stratégiques des Paracels et Spratleys, arrête tous ceux qui s’y approchent, fait sa loi sur les eaux internationales. Elle exhibe des photos des pêcheurs vietnamiens arrêtés, assis aux pieds des marins chinois exhibant fièrement leurs armes. Et pourquoi pas, les torturer un peu avant de les relâcher avec une générosité de grand seigneur, avant d’imposer ses règles, une fois pour toutes, à la conférence de Nan Ning (RPC-ASEAN) concernant la crise mondiale et la coopération économique de la région…

Que peuvent faire les dirigeants de Hanoï ? Sinon sourire à belles dents pour cacher leurs crispations? Déclarer la guerre à la Chine ? Dénoncer tous les contrats avec la Chine — exploitation de la bauxite dans les Hauts-Plateaux, construction de la voie rapide Nord-Sud ? Expulser les 30 000 Chinois réguliers ou sans-papiers qui se groupent déjà officiellement dans des petits villages de travailleurs chinois ? Sortir de l’Oganisation Mondiale du Commerce ? Se saborder, puis aller se réfugier aux quatre coins du monde ?

Face à la Chine, le Viêt-Nam est le pays le plus exposé, géographiquement et stratégiquement. Pour survivre, le Parti communiste vietnamien a choisi de suivre le modèle du faux grand-frère. Rien de pire. Il y a trente ans, lorsque la guerre était engagée entre les deux pays, la Chine n’était pas la puissance qu’elle est maintenant. Le peuple vietnamien attendait une décision plus ouverte du régime. Puis, à la chute du système soviétique, on parlait au Viêt-Nam du modèle singapourien, même si Singapour et le Viêt-Nam n’avaient pas grand- chose en commun. Le cancer chinois est entré progressivement et de façon inexorable au cœur même du système vietnamien.

La réforme agraire du Nord en 1954, le massacre de Huê en 1968 sont des exemples flagrants de l’héritage chinois de Hô Chi Minh dont les dirigeants du PCV n’ont pas su se débarrasser.

Au Viêt-Nam, la Chine est désormais un sujet tabou. Tous ceux qui protestent contre l’occupation chinoise des Paracels et Spratleys sont systématiquement arrêtés et isolés, Nguyên Xuân Nghia, Pham Thanh Nghiên… Les motifs sont parfois fantaisistes, mais qu’importe ? Diêu Cày, un bloggeur très virulent lors du passage de la flamme olympique à HCM Ville, a été inculpé de « fraude fiscale ». Dernière nouvelle : Diêu Cày est transféré à la pointe de Ca Mâu, région difficile pour les hommes et les bêtes, et détenu dans des conditions qui le poussent lentement vers la folie (pas de visites, pas de nourriture ou de médicaments apportés de l’extérieur, pas de moustiquaire la nuit dans cette région infectée de moustiques).

D’après des experts, le léninisme fonctionne à merveille au Viêt-Nam, paraît-il.

Mais le léninisme n’est efficace que pour détruire les opposants, il ne peut rien contre l’élan d’un peuple. Lénine le savait mieux que quiconque. Lorsque des prêtres catholiques s’engagent pour appeler à la libération du Viêt-Nam du joug chinois, leur appel prend les accents d’une exhortation patriotique (lire le sermon du Père Nguyên Ngoc Tinh p. 2/3). Sa valeur politique vient du système organisé même de l’Eglise catholique qui représente une masse non négligeable et il s’harmonise avec un élan national qui prend racine à l’extérieur comme à l’intérieur du Parti. Des journaux sont ainsi autorisés à soulever le problème de l’envahissement de l’Empire du Milieu. Après l’étincelle créée par l’opposition à l’exploitation de la bauxite par la Chine dans les Hauts-Plateaux, la flamme ?

Comment le Parti communiste vietnamien sortira-t-il du piège qui se referme inexorablement sur son avenir ?

Rappelons que (Mlle) Lê Thi Công Nhân, 30 ans, (Mlle) Pham Thanh Nghiên, 32 ans, (M.) Nguyên Tiên Trung, 26 ans, (M.) Ngô Quynh 25 ans….tous nés et éduqués par le régime sont désormais emprisonnés par leur père nourricier. Ils ont exprimé trop haut et trop fort leur conscience.

Cependant, ces jeunes Vietnamiens ont plus d’avenir que le PCV. La justice de l’Histoire demande parfois un peu de temps et de patience. Bui Xuan Quang

Bui Xuan Quang

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