Un printemps inespéré

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Permettez-moi, cher lecteur de Viêt-Nam infos, de vous soumettre quelques constatations :

1/Tout le monde se réjouit à haute voix du succès des mouvements populaires en Tunisie et en Egypte alors qu’apparemment, les gouvernements des pays les plus « démocratiques » ont toujours traité les régimes dictatoriaux comme des multinationales, comptant sur la « stabilité politique » afin de permettre à leurs chiffres d’affaires de progresser, et faisant la sourde oreille aux malheurs des peuples.

Une fois la surprise avalée et digérée, on assiste à un spectacle de plus en plus grandiose, celui des dictateurs pointés par leur peuple, l’un après l’autre. Mais tout se complique : prévenus, ils s’accrochent de plus en plus à leur trône. Descendre dans la rue, c’est désormais accepter de risquer sa vie pour une existence meilleure. Même si dans des pays comme la Lybie et l’Iran où toute manifestation se transforme en tuerie, et les cœurs se trouvent exposés à nu aux fusils, on peut d’ores et déjà clamer la victoire des peuples.

Car après les dates du 11 février et du 14 février 2011, la face du monde aura changé, un président chinois comme Hu Jintao serait tenu désormais à faire moins le fier à la Maison Blanche, et l’exigence d’un Kadhafi d’être reçu à Paris à la Journée des droits de l’homme ne serait pas systématiquement acceptée.

On verra dans un mois ou deux, à quelle hauteur de l’histoire va atteindre la révolution arabe de ce début 2011, mais dorénavant, la stabilité politique n’est plus une garantie à toute épreuve. Peut-être dans l’avenir, c’est-à-dire dans quelques mois, on va négocier avec des dictateurs, toutefois non sans quelques arrière-pensées.
2/On entre dans une ère nouvelle de communication. Une question a été posée : « La révolution arabe est-elle une fille de l’Internet ? ». Faisons des constatations simples : Sans Facebook et Twitter, elle ne se pas serait produite de cette façon. Les jeunes n’auraient pas pu se communiquer entre eux en dehors du contrôle du pouvoir. Des reportages enregistrés sur téléphones portables n’auraient pas pu être diffusés en temps réel dans le monde entier. La qualité et la richesse des échanges et commentaires sur les blogs concernant les événements en question ont fait forte impression. Nous sommes en présence de jeunes internautes organisés et faisant preuve d’un sérieux niveau de réflexion.

3/ Pourquoi la Chine, si puissante et si lointaine, se met à avoir quelques peurs ? Evidemment, les dirigeants sont toujours hantés, 22 ans après, par Tian An Men, Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix 2010, est en Chine (même s’il est en prison), la Charte 08 a toujours cours. Vous pensez que Liu n’a aucune chance ? Votre pessimisme devrait s’atténuer quelque peu après le déclenchement de la révolution par l’immolation par le feu d’un jeune marchand ambulant tunisien de 26 ans.

4/ Le verrouillage du système vietnamien par le XIe Congrès du PCV du mois de janvier 2011 n’assure pas une sécurité absolue au régime.

D’après nguoibuongio1972.com, jusqu’en décembre 2010, on compte 26,8 millions d’utilisateurs d’Internet au Viêtnam (1,5 million de blogs personnels), 31,11% de la population donc. On pousse la jeunesse à la consommation sans retenue, on jette les blogueurs « dangereux » en prison. L’armée est prête à intervenir à Hô Chi Minh-Ville. Huê, ville en situation délicate où réside le père Lý, est quadrillée par les forces de la Sécurité.
Mais après l’hiver, le printemps ?

Paris 19.02.20011

Bùi Xuân Quang

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