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Archives - culture/société

VIET NAM infos numéro 8 - 15 juillet 2001

 

IL FAUT ABOLIR LA CONSTITUTION DE 1992


Chân Tin (*)


L'Assemblée nationale lors de sa 9ème session (10ème exercice) a voté une résolution instituant un Comité chargé d'éloborer un projet visant à modifier et de compléter certains articles de la Constitution de 1992. Ce Comité d'élaboration a décidé d'organiser des consultations de la population en vue de soumettre le projet de modification à l'examen de l'Assemblée lors de la prochaine session. Il est prévu d'organiser deux séries de consultations, l'une à Ha Nôi de la mi-août au 30 septembre 2001, l'autre à Saigon du 4 au 20 septembre. Suivant les directives du Parti communiste vietnamien (PCV), les consultations portent essentiellement sur un certain nombre d'articles relatifs à l'organisation de l'Etat, à l'économie, à la culture, à l'éducation, à la science et à l'industrie. Consigne secrète a été donnée de ne pas toucher à l'article 4 qui, comme chacun le sait, impose à l'ensemble du peuple vietnamien la doctrine marxiste-léniniste et la pensée de Ho Chi Minh - une doctrine que partagent seulement les quelque millions de membres du Parti communiste.


Ces dernières années, plusieurs personnalités aussi bien non-communistes que communistes ont déjà demandé l'abolition de l'article 4 de la Constitution :


· Le 5 septembre 1999, quatre personnalités religieuses comprenant le Vénérable Thich Quang Do (Bouddhisme unifìé du Vietnam), M. Lê Quang Liêm (Bouddhisme Hoa Hao), M. Tran Quang Châu (Cao Dai) et moi-même (prêtre reflétant les aspirations des catholiques), avaient lancé un Appel en faveur de la liberté religieuse, appel dans lequel nous demandions l'abolition de l'article 4 de la Constitution qui impose le marxisme-lénisme comme doctrine préconisant l'athéisme, source d'atteintes de toutes sortes à la liberté religieuse.


· Le 21 février 2001, le Vénérable Thich Quang Do a réitéré cette exigence dans son Appel en faveur de la démocratie au Vietnam.


· Le 7 mai 2001, deux vétérans du PCV, M. Tran Khuê et Mme Nguyen Thi Thanh Xuân, dans une lettre adressée au Secrétaire général du PCV, M. Nông Duc Manh, ont demandé l'organisation de consultations populaires sur des sujets majeurs, en particulier sur l'abolition de l'article 4 de l'actuelle Constitution. Selon ces deux personnalités : "Cet article ne présente rien de nouveau ni une création de notre Parti. Ce n'est qu'une copie de l'article 6 de la Constitution soviétique datant de 1980, soit 11 ans après la disparition de l'Oncle Hô."


Aujourd'hui la grande majorité des Vietnamiens vivant dans le pays comme à l'étranger demandent non seulement l'abolition de l'article 4, mais encore celle de la Constitution de 1992 elle-même afin d'élaborer une Constitution entièrement nouvelle qui traduit les aspirations de la nation tout entier.


1. Il faut abolir la Constitution de 1992 parce qu'elle est sans valeur, ne reflétant pas la volonté de l'ensemble du peuple. Elle n'est que le résultat d'un produit concocté par un Parti dictatorial et approuvé par des députés agissant sur les ordres de ce Parti.
2. Le projet de modification de la Constitution que l'Assemblée nationale soumet à la consultation populaire à la demande du Parti communiste n'est qu'une parodie de démocratie comme tant d'autres consultations purement formelles organisées auparavant.
3. Il faut élire une Assemblée constituante qui soit composée de députés librement élus par le peuple, et non issue d'un simulacre d'élection où seuls sont élus les membres du Parti communiste ou des gens désignés par celui-ci comme cela se passe jusqu'à présent.
4. La nouvelle Constitution doit affirmer clairement le caractère indépendant des trois pouvoirs fondamentaux : à l'Assemblée nationale est dévolu le pouvoir législatif, à l'Etat le pouvoir exécutif et à la Cour suprême le pouvoir judiciaire. 
5. Il faut instituer le pluralisme des partis afin que tout citoyen puisse choisir librement le régime politique qu'il souhaite et exprimer ainsi ses aspirations profondes.
6. Les droits fondamentaux de l'homme tels que : liberté d'expression, liberté de presse, liberté de mouvement, liberté de résidence, et spécialement liberté de religion, doivent être stipulés avec clarté par la nouvelle Constitution, de même que l'interdiction à l'Etat de les restreindre ou de les abolir comme cela est arrivé avec la Constitution de 1992.
7. En outre, il faut abolir immédiatement le décret 31/CP du 14 avril 1997, le décret 26/ND-CP du 19 avril 1999 sur la religion et le projet d'ordonnance sur la religion en cours de préparation depuis de nombreuses années *. 
Telles sont les exigences fondamentales que les Vietnamiens veulent à tout prix voir stipuler par la nouvelle Constitution.

 

Chân Tin

(*Prêtre catholique vivant à Ho Chi Minh-Ville)
Saigon, 9 septembre 2001.
(Traduction : Nguyen Huu Tan-Duc)



* Note du traducteur: Le décret 31/CP (14.4.1997) permet aux autorités d'arrêter sans jugement quiconque sur simple présomption au motif qu'il présente un danger pour la sécurité de l'Etat ; dès sa promulgation, il fut fustigé par l'ensemble de l'intelligentsia vietnamienne, y compris de nombreux membres du PCV, comme "antidémocratique, voire réactionnaire et anti-culturel, une honte pour le pays..., car il s'oppose précisément à la Constitution et à la législation que l'Etat de la République socialiste du Vietnam a lui-même promulguées". C'est sous couvert de ce décret que fut arrêté il y a quelques années puis assigné à résidence l'intellectuel contestataire bien connu Ha Si Phu, parmi d'autres...


Le décret 26/ND-CP (19.4.1999) tout en affirmant théoriquement "la liberté de croire" et celle de "ne pas croire", vise à soumettre les activités religieuses à un contrôle étroit et à des formalités tatillonnes afin de conserver, face aux changements inévitables, la mainmise du Parti communiste sur tous les aspects de la vie du croyant.


Le projet d'ordonnance sur la religion est la dernière tentative en date du pouvoir communiste pour régenter la religion de façon globale. A la différence d'une multitude d'autres textes législatifs portant sur la religion depuis 1954, qui se présentaient comme des 'décrets' (quyet dinh) du Premier ministre, il s'agit aujourd'hui d'une 'ordonnance' (phap lenh) qui sera promulguée par l'Assemblée nationale. Ce projet d'ordonnance a suscité un grand nombre de réactions négatives de la part des intéressés. A noter celle en particulier de ce prêtre qui semble résumer avec humour l'opinion générale : l'ordonnance est beaucoup trop longue (8 pages) ; une ligne aurait suffi pour affirmer que, pour garantir la liberté religieuse, le Parti comuniste renonce à son monopole et rétablit des partis d'opposition ayant la charge de... contrôler la politique de liberté religieuse de l'Etat ! (voir traduction et commentaire du P. J. Maïs dans Eglises d'Asie, No. 323, 16.1.2001).


Le culte des ancêtres part en fumée 

 

(D'après Michael Mathes 

Deutsche Presse-Agentur)


Les Vietnamiens de Ha Nôi n'ont pas perdu le sentiment profond du culte des ancêtres. La " saison Vu Lan " où on vénère le souvenir de ses parents est une occasion pour chaque Vietnamien d'exprimer la piété filiale. Expression personnelle, mais aussi sociale. On tient à montrer combien on aime ses parents. Il est dans la tradition de brûler de la fausse monnaie pour que les âmes des défunts puissent l'utiliser dans l'Autre monde. Mais voilà, avec les " temps modernes ", la piété filiale ne connaît plus de bornes à Ha Nôi : on brûle des portables, des ordinateurs (en papier), toutes sortes de produits de consommation indispensables à un capitaliste " haut de gamme " de Ha Nôi ; on brûle même des lecteurs DVD, des motos Honda! En papier, rappelons-le. Une femme a brûlé une Toyota Camry, parce que son mari défunt aimait ce type de voiture. Une autre brûle une jeune fille (en papier) pour " en " faire cadeau à son mari défunt. Les autorités communistes qui ont encouragé la superstition populaire pour que le peuple s'éloigne des religions (comme le Bouddhisme ou le Catholicisme), commencent à s'inquiéter de ce dérapage d'une tradition populaire. On pense que plus de 13 millions de dollars partent ainsi en fumée tous les ans à cette date.

Près de 22,5 millions d'élèves (tous cycles confondus) commencent la nouvelle année scolaire 2001-2002 dont 3 millions dans les crèches et les écoles maternelles et 968.900 dans l'enseignement supérieur. On peut noter une augmentation de 1 million par rapport au chiffre de l'année précédente. Ho Chi Minh-Ville compte désormais 1.028.700 élèves.


Le gouvernement vietnamien vient de donner le feu vert à l'enseignement privé.
Depuis 1995, des autorisations, cas par cas, ont été données pour l'ouverture des écoles privées. Sur un total de 230 établissements d'enseignement supérieur, on compte jusqu'à maintenant 16 établissements privés. Cependant le nombre d'étudiants dans le privé atteint les 20% de l'effectif total. L'Etat communiste s'aperçoit qu'il ne peut plus assumer les problèmes de l'éducation (comme ceux de la santé), il manque 84 000 enseignants environ. Une nouvelle loi ouvre donc les grandes portes aux initiatives privées, à la condition de respecter les lois et normes communistes. Après les six années d'essai, l'Etat communiste conclut que la privatisation de l'éducation n'est pas au premier rang des dangers qu'il encourt. 


Le réseau Internet est loin d'être libéré de ses chaînes


Un nouveau décret est venu remplacer la sévère réglementation imaginée aux débuts d'Internet, en 1987, pour limiter le plus possible la volonté d'évasion et la curiosité malsaine des internautes vietnamiens en direction de l'étranger. Les sources officielles vantent son libéralisme. En annonçant que les nouvelles directives allaient libérer le réseau internet de ses chaînes, "coi troi", la presse locale n'avait-elle pas laissé entendre qu'elles allaient faire éclater le carcan où étouffent les utilisateurs de la Toile vietnamienne. Le décret intitulé 55/2001/ND-CP, paru le 23 août et entré en vigueur le 7 septembre dernier, en réalité, n'a qu'un objet précis : fournir un cadre à la gestion et à la fourniture des services Internet dans le pays. Jusqu'à présent, seules six sociétés gouvernementales étaient habilitées à fournir ces services. Désormais, affirme le décret, n'importe quelle entreprise, quel que soit son statut ou son origine, vietnamienne ou étrangère, pourra s'instituer "fournisseur d'accès à Internet". Cependant cette liberté nouvelle a une condition : l'autorisation expresse des Services nationaux de la poste et télécommunications, services, cela va de soi, directement rattachés au pouvoir central. 

Ainsi, qu'est-ce qui a changé ? Rien d'important, on s'en doutait ! L'Etat continue de détenir le monopole des fournitures et le contrôle reste aussi strict. D'ailleurs les déclarations d'un membre de la Commission gouvernementale du personnel et de l'organisation, Vu Van Thai, sont rapidement venues mettre un bémol aux espoirs placés par certains dans le nouveau décret. Les censeurs du Parti et de l'Etat n'ont pas encore l'intention de relâcher la vigilance exercée par eux aussi bien sur le réseau Internet que sur les télécommunications en général. Au contraire, selon les propos de Vu Van Thai , la Commission en question travaille actuellement sur un projet dont l'objet principal est de renforcer le contrôle étatique sur les divers flux d'informations parvenant au Vietnam et y circulant. A cet effet, un super-ministère devrait être créé qui couvrira en même temps les technologies de l'information et le secteur des postes et télécommunications tout en centralisant le contrôle exercé en ce domaine.

L'organisation "Reporters sans frontières" ne s'est pas laissé tromper, qui range le régime vietnamien actuel, en bonne place, dans la liste des "Ennemis d'Internet". En réalité peu de choses seront changées des barrières draconiennes qui ne permettent qu'à une poignée de personnes, 100 000 selon les chiffres officiels, d'accéder à ces services. Hommes d'affaires, membres du Parti, touristes et universitaires forment le gros des utilisateurs des services Internet. Depuis avril 2000, les universités offrent, en principe, un accès gratuit aux étudiants du pays.

Le décret ne va pas toucher au soigneux dispositif de barrage censé interdire l'accès aux sites indésirables. Les fameux logiciels "pare-feu", dont dispose Vietnam Data Corporation" (annexe du service des Postes et communications) empêchent de consulter près de deux mille sites considérés comme dangereux pour la sécurité nationale et le moral de la population. Un grand nombre d'entre eux créés à l'étranger offrent des sources d'information incomparables sur l'actualité vietnamienne et diffusent largement les documents interdits de lecture à l'intérieur du pays. Il faut noter cependant que le dispositif installé par le gouvernement est loin d'être hermétique et beaucoup d'usagers connaissent des moyens efficaces de contourner les obstacles. On se souvient comment malgré les efforts des autorités, le P. Ly s'était servi de ce réseau pour mener sa campagne sur la liberté religieuse. Mais il n'y a pas lieu ici de dévoiler ce genre de secret.


Ha Nôi Hilton


Ou de son vrai nom Hoa Lo, la fameuse, très fameuse prison de Ha Noi, construite par les Français pour y enfermer les opposants au colonialisme (parmi d'autres "criminels"). Puis, c'est au tour des anciens prisonniers communistes, une fois sortis à l'air libre, d'y enfermer ceux qui s'opposaient à leur dictature. Nguyên Chi Thiên qui a goûté le confort suprême de ce Hilton à la sauce communiste vient de sortir Hoa Lo, recueil de nouvelles écrites (en vietnamien) pendant les deux années au cours desquelles Nguyên Chi Thiên vivait en France avec une subvention de la communauté européenne. Avec son esprit acéré, avec son style sans pareil, Nguyên Chi Thiên donne aux lecteurs une idée de l'enfer que des hommes peuvent créer pour d'autres hommes dans ce bas monde.

Mais ce que personne ne peut soupçonner, c'est que les patrons des lieux ont plus d'un tour dans leur sac. Le nom de Ha Nôi Hilton est un lieu de souvenirs dans la mémoire des pilotes américains qui y étaient torturés lors de leur séjour forcé. Qu'à cela ne tienne. Ha Nôi Hilton est devenu un musée et les anciens prisonniers américains, larmes aux yeux, y sont reçus les bras ouverts.

Bras ouverts ? pourquoi pas, puisque dans ces "salles" de musées, anciennes chambres à tortures multiples, pour 40 dollars (une misère, vu le cadre), des touristes américains (mâles) peuvent désormais, le soir venu, apprécier les charmes de jeunes filles hanoïennes (avec la complicité des gardiens du temple).