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VIET NAM infos numéro 2 - 15 septembre 2000

L'éducation au Viêt-Nam : une dérive commerciale

Lê Thi Sen

Officialisé en 1954 sous la République Démocratique du Viêt-Nam (RDVN) et uniformisé dans tout le pays en juillet 1976 lors de la réunification, le système éducatif communiste vietnamien est commun à ses modèles soviétiques et chinois. Il connaît alors les trois principes fondateurs suivants :

  la gratuité de frais de scolarité pour tous et à tous les niveaux scolaires ;

  le recrutement des candidats basé sur des critères à caractère politique (les candidats "privilégiés" appartenant aux familles de la nomenclature ou de "souche révolutionnaire")

  des cours de marxisme-léninisme obligatoires pour tous dont le but est la formation de "l'homme nouveau".

Dans la première décennie qui suit la réunification par les armes, la priorité fut donnée à l'économie et à la réorganisation sociale. L'école ne dispensait alors qu'un enseignement de masse dont le contenu idéolo­gique marxiste-léniniste détenait une place de choix.

Le Dôi Moi dans l'éducation : un système tarifé !

Au tournant décisif des années 1987-1988, une crise de l'éducation et de la formation professionnelle éclata. L'école subit alors de plein fouet l'effondre­ment de l'économie planifiée qui affichait un taux record d'inflation évalué à 700%. L'état fut contraint de modifier son orientation dans l'économie, l'éducation et la formation professionnelle pour s'adapter aux nouveaux besoins de l'économie de marché. Le Dôi Moi ou "rénovation" fut en effet la seule porte de sortie qui assurât la sur­vie politique du PCV.

A la rentrée 1988-1989, l'enseignement public de­vint payant et l'État lança des réformes concernant le financement de ce nouveau système éducatif tarifé.

La participation financière de la famille qui était parfois sollicitée par le passé devint obligatoire.

Des tarifs varient selon le niveau d'étude, le type d'école, le milieu géographique, la zone urbaine et dans certains cas, le critère idéologique est pris en compte. De son côté la participation financière réelle de l'Etat reste très mo­deste malgré une propagande très active qui tente de démontrer que le gouvernement se préoccupe de l'éducation. Il y consacre seulement 5 à 7% de son budget alors qu'une véritable inflation sur les frais de scolarité persiste. Entre 1994 et 1998, pour les pre­mier et deuxième cycles, en zones rurales et urbaines, les frais ont été multipliés par huit !

Déficiences internes à la formation des maîtres

Par ailleurs, au sein même du système, des déficien­ces apparaissent faute d'une absence de politique éducative claire, innovatrice et homo­gène. En effet, le métier de professeur du primaire et du secondaire reste parmi les métiers les moins ré­munérés où les conditions de travail sont médiocres.

Ceci explique l'actuelle pénurie d'enseignants du pre­mier et du deuxième degrés. A l'opposé, dans l'ensei­gnement supérieur, l'attrait de l'argent rapporté par des cours supplémentaires, en­traîne une surcharge de travail chez de nombreux en­seignants qui n'ont plus le temps d'actualiser leurs cours ou de faire des recher­ches. A titre indicatif, un professeur titulaire gagne en moyenne soixante mille dôngs l'heure pour un cours d'économie ou de droit dans le privé.

Le salaire misérable des enseignants les oblige à exercer un second métier et contribue au développe­ment de la corruption (fuite de sujets d'examens, tra­fic de faux diplômes). Ainsi, pour douze millions de dôngs on peut se procurer une licence de commerce extérieur.

Une formation bâclée et des programmes inadaptés

Le problème de la compétence des enseignants se pose également. Par nécessité, l'Etat recourt à la ma­nière forte en recrutant des profes­seurs retraités ou démissionnaires. Des formations accélérées instruisent dès le BEPC des jeunes destinés au corps pro­fessoral. Dans les écoles de formation professionnelle tout comme dans les universités, les programmes et les méthodes d'enseignement sont obsolètes. Les efforts de l'État dans la promotion des enseignants à tous les niveaux d'étude s'avèrent inefficaces malgré l'augmentation sensibles des salaires (20%), les bour­ses incitatives à la formation au métier d'enseignant. L'ampleur des dégâts et les dommages pour les jeunes générations est le fruit d'une politique hétéroclite et irréaliste qui n'est jamais remise en cause.

Les conséquences : déscolarisation et élitisme

En réponse à cette flambée des frais scolaires, le pays affiche un fort taux de déscolarisation. Les niveaux les plus touchés sont le primaire et le secondaire qui ac­cusent un nombre effarant d'abandon pour les années 1987-1990 estimé à 1.326.000 élèves. Sur ce chiffre, 60% des élèves appartenait au premier cycle contre 40% pour le second cycle. Parallèlement, le taux d'analphabétisme augmente de façon alarmante, va­riant de 15 à 40% de la population suivant les provin­ces, les populations montagnardes étant les plus tou­chées.

Derrière ces chiffres, on perçoit un fort clivage qui se creuse entre riches et pauvres. Pour l'année 1998, selon les statistiques officielles, le pourcentage d'en­fants pauvres qui avaient suivi des études primaires était de 48% contre 97% pour ceux des familles ai­sées. L'obtention du baccalauréat cette an­née-là concernait seulement 3% d'enfants pauvres contre 58% issus des milieux favo­risés. Par ailleurs, le sys­tème est amplifié car les "bons éléments" (dits de fi­lière A) bénéficient de ré­ductions alors que ce sont ceux-là mêmes qui ont plus de moyens pour étudier.

Dans l'enseignement supérieur, les choses sont en­core plus chaotiques. Outre les coûts exorbitants - dans les villes, une année universitaire pouvait coûter 1.800.000 en 1998, ce qui correspond à une année de salaires d'un cadre moyen -, l'Etat détient le monopole sur les formations post-universitaires. Celui-ci permet aux étudiants "pri­vilégiés" de bénéficier en priorité de bourses d'études contre les autres étu­diants, de plus en plus nombreux, mais sortant des universités privées en plein essor (8 universités pri­vées en 1996 contre 15 en 1999).

Un marché du travail déséquilibré

Cette course aux diplômes si chèrement payés en­traîne un changement dans les matières choisies par les étudiants : les domaines classiques comme médecine ou enseignement sont en perte de vitesse par rapport aux autres domaines : droit, sciences économiques, informatique, langues étrangères et gestion. L'évolution rapide du marché du travail et l'engoue­ment pour les diplômes engendrent une prolifération de pro­grammes inadaptés à l'enseignement supérieur par manque de suivi et de contrôle. Ces diplômes une fois obtenus ne valent rien sur le marché du travail, les diplômés se retrouvant le plus souvent au chômage ou obtenant des postes sous-qualifiés. Parallèlement la désertion des étudiants des écoles professionnelles entraîne un excédant de cadres et une pénurie d'ouvriers spécialisés. Ce déséquilibre entre une main d’œuvre peu qualifiée et une sur croissance de cadres perturbe une économie déjà affaiblie et en retard.

En jetant un regard global sur le système d'éducation du Viêt-Nam actuel, force est de constater une grande contradiction entre l'idéologie et la pratique. En effet, sur le principe, l'école reste encore obligatoire jusqu'au primaire, comme le stipule la Charte de l'ONU sur les Droits de l'enfant. Mais en réalité, la détérioration du système éducatif dès la base, par manque de moyens financiers comme humains, contribue à jeter dans la rue ou dans le monde du travail combien d'en­fants en âge de scolarisation ?

Par ailleurs, ce système à la fois élitiste et capitaliste conduit par un régime politique qui se réclame du marxisme-léninisme est à l’origine du drame quotidien que vivent les jeunes et leurs familles. Cette dé­rive inflationniste de l'ensemble du système éducatif démontre-t-elle l'impuissance politique de l'état ?

L.T.S.

D’après Lam Thanh Liem et Jean Mais
Eglises d’Asie – supplément EDA n.307 avril 2000


Rentrée scolaire 2000

D’après le Nhân Dân, organe du parti communiste vietnamien, plus de 22,5 millions d’étudiants et d’écoliers ont fait leur rentrée cette année. On dé­nombre 540.000 étudiants et écoliers supplémentaires par rapport à la ren­trée 1999. On estime qu’une augmen­tation de 100.000 ensei­gnants serait nécessaire.

Un nouveau métier :
candidats professionnels

Ces dernières années est apparue une nouvelle profession : passer des exa­mens d’entrée aux univer­sités par pro­curation. Les métho­des se perfection­nent de jour en jour. La première mé­thode de­mande une bonne organisa­tion : un manager appelé " coach " et des étudiants de bon niveau ap­pelés " champions ". Un candidat peut payer jusqu’à une demi dou­zaine de " champions " pour l’aider le jour de l’examen. Le " coach " place les " champions " en les inscrivant dans la même salle que le candidat à aider, il peut même négocier avec le sur­veil­lant... La seconde méthode est beau­coup plus rudimentaire, le candidat échange à la dernière minute la copie avec le profes­sionnel. L’un comme l’autre exige que les professionnels soient dans la même salle que le candi­dat. Fabriquer des faux noms avec des faux dossiers est actuellement un jeu enfantin d’après les dires d’un " candidat professionnel ". (D’après An Ninh Thê Gioi – Sécurité mondiale – Viêt-Nam)