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VIET NAM infos numéro 23 - 15 mars 2004


L’Education au Viêt-Nam
faits et chiffres 


Lâm Thanh Liêm et Jean Maïs


Pendant longtemps, le caractère principal de l’enseignement au Viêt-Nam a été la gratuité des études. Mais depuis la rentrée scolaire 1988-1989, une révision déchirante dans le domaine éducatif s’est effectuée, entraînée par la détérioration socio-économique. A cette date, l’enseignement public est devenu payant.

En trois ans (1987-1990), la progression des élèves a été considérablement ralentie. Le nombre d’élèves du primaire n’a augmenté que de 200 000, alors que le taux annuel de croissance démographique a été de 2,2 à 2,3%, ce qui représente une tranche de 1,3 à 1,4% de jeunes élèves supplémentaires devant fréquenter l’école chaque année. C’est surtout dans l’enseignement secondaire que les effets de changement de politique éducative se sont révélés catastrophiques. Selon le quotidien Tuôi tre (Jeunesse) du 31 août et du 3 septembre 1993, 1 326 000 élèves ont abandonné leurs études en 1987-1990. C’est dans les campagnes que la désertion des écoles s’est avérée inquiétante

L’enseignement primaire est toujours gratuit et obligatoire. En ce qui concerne l’enseignement secondaire, le principe de gratuité est officiellement abandonné. Les frais totaux que doit subir un élève du secondaire varient suivant la capacité de l’élève et suivant la zone, ils peuvent atteindre la somme considérable de 1 800 000 (100 €) par an. Malgré les plaintes et contestations des parents d’élèves, ainsi que de nombreux articles dans les journaux, les frais scolaires des écoles publiques ne cessent d’augmenter. En 4 ans (1994-1998), ils avaient octuplé. Les autorités tentaient de contenir les augmentations abusives. Mais l’augmentation des frais scolaires s’est encore intensifiée. D’après l’organe du PCV, Nhân Dân ( le Peuple) du 24 juin 2003, le coût moyen des études secondaires a atteint 3 600 000 dong (200 euros) par an ( presque deux mois de salaire d’un cadre supérieur).

Les dépenses scolaires imposées à la population sont totalement disproportionnées par rapport à son niveau de vie moyen. Le Viêt-Nam reste encore parmi les dix pays les plus pauvres du monde, avec un revenu per capita évalué à 340 dollars américains pat habitant. Les inégalités de revenus s’accentuent entre villes et campagnes. La population de Hô-Chi-Minh Ville bénéficie d’un revenu annuel de 700 dollars par habitant. L’insuffisance du niveau de vie est accentuée par un taux de croissance démographique encore élevé. Quoiqu’en baisse régulière depuis le lancement de la politique de planning familial dans les années 1980, le taux de fécondité du Viêt-Nam demeure encore élévé (4 enfants par femme en 1990 et 3,1 en 1996). Cependant, une moyenne de 4 à 5 enfants par famille rurale ou de 3 à 4 enfants par famille urbaine est chose courante.

L’inégalité des chances scolaires est en rapport étroit avec l’inégalité des ressources au sein de la population vietnamienne. Selon une enquête de l’Université nationale de l’Economie de Ha Nôi en 2000, le revenu moyen des cadres de base est estimé à 722 000 dông/mois, primes comprises (soit 46 dollars ou 38 €), celui des cadres moyens à 1 325 000 dông/mois (soit 85 dollars ou 70 €), et des cadres supérieurs à 2 098 000 dông / mois (soit 135 dollars ou 112,5 €). Ainsi, bon nombre d’élèves des familles rurales sont obligés d’interrompre leurs études, avant la fin du primaire et du secondaire pour les aider dans les travaux des champs. Les enfants des masses populaires urbaines font de même et entrent très tôt dans la vie active, avant l’âge actif légal (15 ans). D’après une enquête menée par le journal Tuôi Tre (du 15 au 22 janvier 1996), 66% des enfants de 10 à 14 ans des familles pauvres font encore des études contre 96 % des enfants de la même tranche d’âges des familles aisées, 48% des enfants des familles pauvres ont terminé leurs études primaires (contre 97% d’enfants des familles aisées) et 3% seulement des jeunes des familles pauvres sont diplômés du baccalauréat, alors que 58% des enfants des familles aisées le sont. D’après un rapport de l’UNICEF publié en 1999, sur 91% des élèves inscrits au primaire, 63% seulement ont terminé leur cycle d’études, et sur 1,3 million d’enfants d’âge scolaire (de 6 à 11 ans) n’ayant jamais fréquenté l’école, 50% étaient issus des minorités ethniques ou résidaient dans des régions reculées.

Pour encourager et aider les enfants pauvres dans certains quartiers populaires des villes à poursuivre leurs études primaires, certaines organisations religieuses (catholiques, protestantes, bouddhistes etc.) leur offrent, outre les études gratuites, un repas de midi, pour qu’ils reprennent le chemin de l’école, au lieu de se lancer trop tôt dans la vie « active » pour quelques milliers de dông par jour (moins de quelques dizaines de centimes d’euros).

Le gouvernement affiche un bilan positif. Des statistiques ont été officiellement publiées :

1990-1991 : 12 664 000 élèves et étudiants
1998-1999 : 20 438 000 élèves et étudiants
2003-2004 : 21 906 000 élèves et étudiants
pour une population estimée à 84 millions d’habitants.

Ces résultats méritent quelques réflexions :

- de 1990 à 1998, l’augmentation est de 7 774 000 nouveaux inscrits en huit ans, soit une moyenne de 971 000 par an.
- de 1998 à 2003, l’augmentation est de 1 468 000 nouveaux inscrits en cinq ans, soit une moyenne d’un peu moins de 300 000 par an. La progression ne représente que le tiers de celle des huit années précédentes. Quel que soit le manque de fiabilité de ces chiffres, Ha Nôi a du mal à camoufler les graves difficultés qu’il a rencontrées dans les réformes éducatives.

Les statistiques sont tout à fait étonnantes. Jusque vers 1996, le nombre d’étudiants inscrits chaque année dans l’enseignement supérieur (y compris les écoles professionnelles et les collèges techniques destinés à la formation des ouvriers spécialisés) est resté quasi-stationnaire, oscillant entre 130 000 et 150 000. Mais depuis cette date, on assiste à une « explosion » des effectifs. Ceux-ci sont passés de 137 000 inscrits lors de la rentrée universitaire de 1993 à 1 406 000 en 2003 (y compris des étudiants des écoles spécialisées et supérieures). Il a donc été multiplié par dix en dix ans, chiffre très étonnant, alors que paradoxalement, la croissance du nombre d’élèves de l’enseignement primaire et secondaire a eu tendance à se ralentir d’année en année (Office général de la statistique 1999, Vietnam-Express 29 août 2003).

A la veille de la rentrée scolaire 2003-2004, le vice-ministre de l’Education et de la Formation a déclaré qu’ « une augmentation des frais d’études sera impérative pour améliorer la qualité de la formation » toujours selon lui, « cette politique aura des répercussions sur la société tout entière » ; D’après le journal Tuôi Tre du 21 septembre 2003, de 1 620 000 dông en 1999, les frais d’études des universités d’Etat sont passés à 2 225 000 dông en 2003, les charges dues à l’établissement non comprises. Dans le secteur privé, les frais sont excessivement élevés : 4,5 millions de dông pour les collèges techniques et 6 millions pour les universités et les écoles supérieures. Les formations post-universitaires (maîtrise, doctorat, etc…) destinées à former des experts et des cadres supérieurs, sont monopolisées par les universités d’Etat. Elles ont battu tous les records en matière de frais d’études (variant de 2,3 millions à 9 millions de dông par an). Cependant, depuis la rentrée 2003-2004, l’Etat vietnamien a décidé de les ramener à 4, 5 millions de dông par an (de quatre à cinq mois le salaire d’un cadre).

Malgré ces augmentations de frais hors de toutes proportions, on annonce officiellement 1 406 000 inscrits à l’enseignement supérieur ou professionnel pour l’année 2003-2004 :

- écoles spécialisées (BEPC +2) : 390 000 étudiants
- écoles supérieures (bac + 2 ou bac +3) : 178 000 étudiants
- universités (d’Etat ou « libres ») : 838 000 étudiants

Pour des raisons diverses, nous pensons que ces chiffres sont gonflés (lire notre article dans sa version intégrale)

Comme le primaire et le secondaire, l’enseignement supérieur souffre de la faiblesse des infrastructures (insuffisance d’amphithéâtres, laboratoires mal équipés, rareté de revues et de publications scientifiques…). A cela s’ajoute la pénurie d’enseignants dans presque toutes les disciplines. La quasi-totalité des professeurs titulaires était formée par les universités soviétiques et autres anciens pays socialistes du bloc communiste de l’Europe de l’Est. Leurs connaissances scientifiques et techniques sont aujourd’hui périmées. Ils ont grand mal à s’adapter aux nouvelles méthodes d’enseignement liées à l’économie de marché. La pénurie d’enseignants s’est d’ailleurs aggravée durant la décennie 1990, surtout depuis que Ha Nôi a autorisé la création des universités privées (« fondées par le peuple ») en 1994. Sur environ 3000 enseignements du secteur privé, 70% proviennent des universalités d’Etat.

L’éducation au Viêt-Nam est en crise grave. Cela tient d’abord à la lenteur des réformes. Dans le secondaire, l’Education vietnamienne aura mis cinq ans (1999-2004) pour réformer quatre classes sur un total de douze prévues. Dans le supérieur, la prolifération des universités publiques et « libres » (126 actuellement), les frais d’études excessifs , la corruption due aux bas salaires du corps enseignant, la faiblesse du budget consacré à l’Education (environ 10%, de 15% à 20% pour les autres pays de l’ASEAN), etc. sont de multiples raisons d’ échecs des réformes dans le supérieur. Des ingénieurs fraîchement diplômés font de « petits boulots », de jeunes médecins, faute de stages, se retrouvent vendeurs de produits chimiques, des bac + 4, diplômes en poche, sont employés comme dactylos, portiers d’hôtel de tourisme, etc.

Obscurantisme et dogmatisme restent les principales raisons des échecs des réformes. Le critère idéologique reste la condition première de recrutement dans le supérieur et aussi dans le secondaire. Il semble que malgré son ouverture vers l’économie de marché, vers le monde capitaliste, le dogmatisme reste encore une barrière infranchissable pour l’Education, il empêche le véritable progrès mais il protège pour l’instant les privilégiés du système. 

LTL et JM


(Lire cet article dans son intégralité dans Eglises d’Asie N.391 Dossiers et Documents N°2/2004)

 


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