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VIET NAM infos numéro 34 - 15 janvier 2006


Tết Mậu Thân 1968 

une lettre de Huê



Nous venons de recevoir une longue lettre de Huê. Son auteur, L.T.V. était présent à Huê lors du massacre du Têt Mâu Thân et y vit actuellement. 

An 1968, comme chaque année, les Vietnamiens se préparaient à vivre les trois jours du Têt (Nouvel An lunaire) comme les moments les plus sacrés de l’année, Bonheur, espoir de paix, communion entre les vivants et les morts. Toute idée de conflit devait être bannie. C’est en fonction de cette tradition que les deux gouvernements, du Nord et du Sud Viêt-Nam avaient envisagé une trêve. Le Nord avait proposé sept jours d’arrêt des combats, le Sud, trois. Cependant Hô Chi Minh, à la veille du Nouvel An, au milieu de la nuit du passage d’une année à l’autre (giao thừa), donnait l’ordre d’attaquer toutes les villes du Sud Viêt-Nam. Les communistes du Nord lançaient 9 divisions régulières, renforcées par des unités régionales dans une attaque destinée à surprendre les 44 villes du Sud. Saigon et Huê furent les deux villes les plus touchées.

Les forces régionales de Huê étaient commandées principalement par Hoàng Kim Loan, Hoàng Lanh, Nguyễn Trung Chính, Nguyễn Hữu Vấn, Phan Nam, Nguyễn Thiết, alors que, le colonel nordiste, Lê Minh, détenait le commandement des trois divisions de l’armée du Nord :

1. La division 6, avec 4 bataillons K1, K2, K6 et K12 s’est avancée vers Huê venant du nord pour attaquer Mang Cá (siège de l’état-major du commandant général de l’armée sud– vietnamienne à Huê), l’aéroport Tây Lôc, et la citadelle.
2. La division 5 composée par les bataillons K4A, K4B, K10 et K21 progressait vers Huê par le sud pour attaquer les centres administratifs. Elle était renforcée et guidée par une unité armée régionale.
3. La division 9 avec 2 bataillons 416, 418 accompagnée de l’unité régionale D12, attaquait le flanc ouest de la ville impériale.

Avec ces 3 divisions et les forces vietcongs locales, les communistes purent occuper la plupart des établissements publics, la Cité impériale, le marché Đông Ba, les trois portes de la Citadelle : Thượng Tứ, An hoà et Chánh Tây. Cependant, les fortifications Mang Cá, le Quartier militaire Thừa Thiên, le complexe Faculté de pédagogie – lycée pilote Kiểu Mẫu, le centre américain MACV et l’appontement de la Marine près de Đập Đá étaient restés sous le contrôle de l’armée du Sud.

Contrairement aux prévisions des communistes qui pensaient que les Huéens répondraient à leur appel au « soulèvement populaire », des milliers d’habitants de Huê quittèrent alors les zones occupées par les Viêtcongs pour se réfugier au complexe Faculté de pédagogie- lycée Kiểu Mẫu 

La Cité impériale et le quartier Gia Hội restèrent sous contrôle communiste pendant 26 jours. Durant cette période, grâce à une longue liste de renseignements de délateurs locaux, Nguyễn Đắc Xuân, Hoàng Phủ Ngọc Tường, Hoàng Phủ Ngọc Phan, Nguyễn Đặng, Trần Thị Loan, Lê Viết Trừu, Nguyễn Văn Toán, des émissaires des forces communistes se rendirent dans les maisons désignées, arrêtèrent et exécutèrent leurs occupants. Des militaires en permission, des cadres, des fonctionnaires, des suspects. Armés de mitraillettes AK, ils fusillèrent les uns devant leur maison, en présence de leur famille, les autres en pleine rue, devant tout le monde. Aucune classe sociale ne fut épargnée : étudiants, commerçants, ouvriers, enseignants, prêtres …

Pour pouvoir plus facilement les arrêter en groupes, les occupants communistes convoquèrent à des réunions les personnes « suspectes de collaboration». Ces réunions eurent lieu soit dans une école, soit dans une église ou encore dans une pagode (la cathédrale Phú Cam, l’église des Rédemptoristes, la pagode Từ Đàm, la pagode Théravada, le lycée Gia Hội, le séminaire Hoan Thiện…). Ces personnes ne seront jamais revenues chez elles. Certaines furent exécutées sur place, d’autres conduites dans les montagnes pour y être enterrées après avoir reçu une balle dans la nuque. Les communistes ont appliqué sans faille leur fameuse devise : « Mieux vaut tuer par erreur que de laisser survivre un suspect ».

Après la fuite des envahisseurs communistes, les habitants de Huê, aidés par les soldats sud-vietnamiens ont dénombré les tombes collectives et les dépouilles qu’elles contenaient :

1. Au lycée Gia Hội où siégeait « le tribunal populaire » présidé par Nguyễn Đắc Xuân « assisté » d’un cadre communiste du Nord, on a trouvé 14 fosses avec 304 cadavres dont les paumes des mains étaient transpercées et liées ensemble avec du fil de fer barbelé. 18 étudiants sympathisants du régime communiste faisaient partie des victimes : ils avaient refusé de suivre les communistes dans leur fuite.
2. A la pagode Théravada, un peu plus loin, on a découvert 12 fosses avec 43 cadavres.
3. A Bãi Dâu, 3 fosses avec 26 cadavres.
4. Au petit séminaire Hoan Thiện, actuellement collège Nguyên Chí Diểu, 2 fosses ont été trouvées, où l’on a identifié 2 Américains, 3 Vietnamiens employés au consulat américain. Un « tribunal populaire » y avait été constitué à la hâte, co-présidé par Hoàng Phủ Ngọc Tường et un cadre communiste. Il faut savoir que dans ce genre de tribunal une seule sentence était prononcée : la sentence de mort.
5. Le 10.3.1968, les soldats de l’armée australienne découvraient 3 fosses contenant 21 cadavres.
6. Le 14.3.1968, à l’est de Huê, l’armée vietnamo-américaine débusquait une grande fosse de 25 cadavres grâce à un bras visible en surface.
7. A Nam Giao, au sud de Huê, 20 fosses avec 50 cadavres ont été mises à jour.
8. Près du pont An Ninh Hạ, 20 cadavres ont été relevés.
9. Une fosse de 7 cadavres se trouvait à la porte Đông Ba de la Cité impériale.
10. Quatre cadavres étaitent ensevelis dans une fosse.située à l’école de An Ninh Hạ
11. Une autre fosse avec 8 cadavres a été découverte à l’école Vân Tri 
12. 102 cadavres avaient été enfouis dans une fosse commune au marché Chợ Thông.
13. Au tombeau Gia Long, à 16 km de Huê, on a compté 200 cadavres dissimulés dans les buissons.
14. A la pagode Tăng Quang Tường Vân, à 2,500 km de Huê, le 2 avril 1968, étaient exhumés les 4 cadavres des professeurs allemands de la Faculté de médecine de Huê : les docteurs Disher, Alterkoster, Krainick et son épouse . Tous avaient reçu une balle dans la nuque.
15. A Đông Trì, au sud-ouest de Huê, 101 cadavres ont été exhumés. Des chiffons obstruaient leurs bouches.
16. Dans le district maritime Phú Thứ, à 15 km de Huê, on découvrait 900 cadavres, facilement identifiables grâce au taux de sel très élevé dans le sable. On a reconnu le père Bửu Đồng, curé de Phú Vang avec deux séminaristes. Parmi les morts, gisaient quelques enfants.
17. Au village Thượng Hoà, Nam Hoà, il y avait 35 cadavres.
18. Dans le district Vinh Lộc, 70 cadavres ont été découverts tardivement en juillet 1969.
19. De même, au ruisseau Đá Mài, Khe Đại, au mois de septembre 1969, fut trouvée une grande quantité de squelettes (environ 450), et de crânes dispersés sur une grande distance..

Il s’agissait de prisonniers utilisés comme boucliers humains et liquidés pendant la fuite. Il existe certainement beaucoup d’autres victimes. Il est impossible d’en faire un décompte complet. Au total ; on a retrouvé 2326 cadavres.

A Huê, le 1er février 1968, Ha Nôi avait établi le Front de l’alliance populaire pour la démocratie et pour la paix. Son président, était Lê Văn Hảo, professeur à la Faculté de Huê, les vice-présidents, Mme Nguyễn Đình Chi et le vénérable Thích Đôn Hậu. Le front avait pour membres, Nguyẽn Đắc Xuân, Hoàng Phủ Ngọc Tường, Hoàng Phủ Ngọc Phan, Nguyễn Đoá, Đoàn Thị Xuân Yến, Hoàng Phương Thảo…Après 1975, cette organisation a été dissoute.

Les personnages cités dans cette lettre ont pris la fuite avec les communistes lors de leur débâcle et ne sont revenus à Huê qu’après la chute du Sud Viêt-Nam.

Que des personnages comme Nguyẽn Đắc Xuân, Hoàng Phủ Ngọc Tường continuent à avoir un rôle à jouer à Huê, c’est assez compréhensible, puisque c’est le même régime criminel et autoritaire qui sévit toujours au Viêt-Nam, mais la complaisance des historiens, des journalistes (de RFI et de France-info), et même celle des Vietnamiens vivant à l’étranger, envers ceux qui ont été des acteurs de premier plan de cette tragédie, envers des criminels à l’égard du peuple vietnamien échappe à ma compréhension.


L.T.V.

traduction : Viêt-Nam infos



Effectivement RFI a diffusé une interview de Hoàng Phủ Ngọc Tường le 12 juillet 1997, et récemment Nguyên Đắc Xuân se pavanait encore sur France Info. Notre ami LTV a toutes les raisons de se poser des questions. 

Parmi les personnalités vietnamiennes tuées lors des massacres du Têt Mâu Thân, il faut signaler M. Trân Điền, sénateur, homme politique intègre et estim,é qui rentrait à Huê pour passer les quelques jours de la fête du Têt avec sa famille et M. Vo Thành Minh, « gardien de la mémoire » de Phan Bôi Châu qui était une grande figure du patriotisme, refusant à la fois le communisme et le capitalisme à l’américaine, prônant un Viêt-Nam indépendant respectant les valeurs traditionnelles. Pendant tout le long de l’occupation communiste, M. Vo Thành Minh parcourait la ville pour secourir sans distinction les blessés, ceux du Sud comme ceux du Nord. Mais à la fin, les communistes ne l’ont pas épargné.

Il est à remarquer que les habitants de Huế, qui, jusqu’à la date du Têt Mâu Thân, étaient très critiques vis-à-vis du gouvernement de Saïgon, a changé complètement leur attitude à l’égard de ce dernier.

Dans quelle catégorie de crimes doit-on classer les massacres de Huê en 1968 ? Dans les détails ? N’avons-nous pas le droit, nous aussi, d’être un peu « civilisés »? C'est-à-dire celui de traîner les auteurs et complices de ces massacres devant un tribunal ?


BXQ



Huê, quelques images après les massacres du Têt Mâu Thân (1968)