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VIET NAM infos numéro 36 - 15 mai 2006


Le Xe Congrès ou les journées « portes ouvertes » du PCV 
Le personnel se renouvelle ; le secrétaire général et le Parti ne changent pas

Jean Lefrançois


En temps ordinaire, les volets de la maison du Parti communiste vietnamien sont soigneusement clos. Comité central, Bureau politique y délibèrent et décident portes et fenêtres fermées. Les décisions, résolutions et autres documents rendus publics à l’issue des réunions du Bureau politique ou des plénums du Comité central sont rédigés dans une langue de bois neutre, indirecte et opaque, ne laissant rien filtrer des débats qui les ont vus naître. Les échos des querelles et dissensions intestines ne franchissent pas les enceintes du Parti sinon par des fuites, parfois soigneusement organisées, ou encore par quelques lettres rendues publiques sans doute à dessein, comme celles qu’a signées l’ancien Premier ministre Vo Van Kiet quelque temps avant le Xe Congrès. C’est tout à fait indirectement que l’on connaît par exemple la très ancienne et en partie légendaire opposition entre le clan des conservateurs menés par l’ancien chef d’Etat Lê Duc Anh associé à l’ex-secrétaire général Dô Muoi et le parti de l’ouverture où l’on range habituellement Vo Van Kiêt, quelques dirigeants issus du Sud, et certains autres

Il n’existe qu’une seule exception apparente à cette règle du secret ; c’est la préparation des congrès quinquennaux. Contraint au renouvellement du personnel dirigeant, par ses propres règlements, le Parti durant cette période, se laisse observer, se donne quelque peu en spectacle, s’appuie même tant soit peu sur l’opinion publique. Cette ouverture avait permis il y a cinq ans, lors du IXe Congrès, de faire apparaître au grand jour le dispositif d’espionnage de ses collègues mis en place par le secrétaire général de l’époque, l’ancien commissaire politique Lê Kha Phiêu.


Mise en scène du Xe Congrès


Les fenêtres se sont donc entrouvertes pour ce Xe congrès qui s’est déroulé à Ha Nôi du 18 au 25 avril 2006, occasion rêvée pour les observateurs de scruter les arcanes du Parti communiste vietnamien. Une première étape de la préparation de ce congrès avait pour but de permettre au Parti d’être informé de l’idée que l’on se faisait de lui. Après avoir lancé dans le public avec un certain retard - au début de février- son projet de rapport politique, à son habitude, le Parti a sollicité l’opinion de tous les milieux sociaux sur ce document qui ne présentait rien d’original, si ce n’est la volonté de poursuivre la politique dite de rénovation. Cette fois-ci, du 3 février au 20 mars, à la veille du 14e plénum, des dizaines de milliers de contributions ont afflué de partout. C’était la première fois depuis le VIe Congrès de 1986, qui avait lancé la politique du dôi moi, qu’une telle participation avait lieu, même s’il est permis de penser que ce mouvement n’a pas été tout à fait spontané. Chaque matin, les 25 médias officiels, relayés par le réseau Internet, diffusaient des textes les plus divers envoyés par les lecteurs, souvent bien connus par ailleurs, comme ce fut le cas par exemple pour Nguyên Trung dont la contribution du 6 février 2006 dans Tuôi Tre, a eu de nombreux échos dans l’opinion publique. La plupart de ces textes exigeaient des changements radicaux de mentalité et de comportement de la part des membres du Parti. Le sempiternel sujet de la corruption des cadres fut bien évidemment traité. Certaines contributions demandaient que soient redéfinis les idéaux socialistes, poussant quelquefois l’audace jusqu’à mettre en cause le monopole du Parti sur le pouvoir.

Plusieurs autres éléments sont venus renforcer encore le climat dramatique de cette préparation au Xe congrès et donner l’impression qu’un état de crise avait besoin d’être dénoué. Depuis la fin de novembre 2004 jusqu’aux jours qui ont précédé le Congrès, un mouvement de grève réclamant de plus hauts salaires et de meilleures conditions de travail a paralysé des dizaines d’entreprises du sud au nord et mobilisé des dizaines de milliers d’ouvriers sans que le pouvoir ne se manifeste sinon par un décret augmentant le salaire minimum garanti. Les grèves se sont arrêtées à la veille du Congrès sans que l’on sache exactement pourquoi.

Par ailleurs, d’autres événements se produisirent, qui sont venus alimenter le scepticisme populaire sur les possibilités du Parti communiste de se réformer conformément aux souhaits émis dans la plupart des contributions. La presse et les médias, dont il faut rappeler qu’ils sont contrôlés par l’Etat, se sont fait l’écho d’une succession de scandales de la corruption impliquant de hauts dirigeants comme pour illustrer la faiblesse profonde du Parti au pouvoir, à savoir la corruption qui le ronge. Aucun domaine du pouvoir n’échappe à ce fléau, ni le pétrole, ni les télécommunications, ni l’agriculture, ni le commerce. Cependant à l’époque de la préparation du Congrès, ce sont les détournements de fonds découverts au ministère des Transports qui a occupé les esprits, avec la fameuse affaire PMU 18 (Project Management Unit). Plus d’un million de dollars de fonds publics provenant de l’aide internationale ont été détournés. Le directeur du projet, le vice-ministre des Transports, le ministre lui-même se sont trouvés soit arrêtés, soit inculpés soit obligés de démissionner. Il se peut que certains membres du Bureau politique ne soient pas étrangers à la divulgation de toute cette affaire. 


L’ouverture du Xe Congrès et le retour à l’ordre.


Cette combinaison d’attaques plus ou moins virulentes contre le Parti, de malaise social et d’affaires scandaleuses a constitué un curieux climat tout au cours de la préparation du Congrès. Mais le cours des événements a commencé à se transformer dès avant l’ouverture officielle du Congrès, avec le 14e plénum qui a débuté le 20 mars, date à laquelle une délégation du Parti communiste chinois de haut niveau faisait irruption dans la capitale sans que sa venue ait été annoncée à l’avance. Le mouvement de grèves semblait s’achever ou du moins était passé sous silence par la presse officielle. Seuls les échos des scandales financiers continuaient encore de résonner. La publication des contributions au rapport politique s’était arrêtée avec l’ouverture du plénum ? Certes des manifestes émanant d’un mouvement démocratique composé d’un certain nombre de dissidents et de militants de la liberté religieuse appelaient à la démocratie et au rétablissement des libertés fondamentales. Mais ceux-là n’avaient pas droit aux colonnes d’une presse encore contrôlée par le Parti.

La page était vraiment tournée avec le discours de clôture du secrétaire général encore en fonction Nông Duc Manh, à la fin du plénum. Il laissa entendre que désormais la voix de la société civile devrait se taire et suggéra que rien de ce qui avait été dit au cours de la préparation du Congrès ne serait oublié. Il a en effet déclaré que le Comité central s’efforcerait « d’assimiler (les avis) les plus judicieux ». tout en ajoutant, « qu’il était déterminé à critiquer et à rejeter certaines opinions non constructives, même hostiles, qui ont pour unique but de calomnier et noircir le Parti, l'Etat et le peuple vietnamiens ».C’est sur cette mise en garde que s’acheva la période de préparation du Xe Congrès..

Des huit jours du Congrès (18 au 25 avril), il n’y a pratiquement rien à dire, sinon qu’il s’est déroulé avec la pompe et le décorum habituels. On y a adopté un rapport politique, remanié certes mais qui tient pei compte des revendications exprimées lors de la préparation du Congrès. Il a condamné à nouveau la concussion, confirme la politique de rénovation, l’économie de marché à orientation socialiste et exprime la volonté du Parti de jouer le rôle que lui donne la constitution du Pays, à savoir de gérer la société civile. 

Un parti qui se renouvelle et qui ne change pas

C’est moins à l’élaboration d’une nouvelle politique ou à une révision des idéaux socialistes qu’au remaniement du personnel composant les instances du Parti que se sont affairés les représentants du Parti au Congrès. Leur renouvellement a été assez important. On peut constater que sur les 14 membres du nouveau Bureau politique, six seulement appartenaient à l’ancien Bureau, les huit autres sont nouveaux. Il en est de même du Comité central de 160 membres, dont une moitié faisait partie de l’ancien Comité, l’autre moitié étant composé de nouveaux venus. 

Mais il est difficile de tirer d’autres conclusions de la composition du Comité central et du Bureau politique et en particulier d’y trouver des indications sur la future ligne politique du Parti. Encore moins que lors des autres congrès, on ne peut décider qui a gagné, des conservateurs ou des partisans de l’ouverture, à supposer que ces deux clans existent vraiment. On s’accorde cependant pour penser que l’insipide Nông Duc Manh, réélu secrétaire général était le candidat de Lê Duc Anh et de Dô Muoi, qui, bien que retirés, continuent de s’occuper activement de la composition du Bureau politique et du Comité central.

Des observateurs ont examiné à la loupe les origines des membres de ces deux assemblées. On a relevé une très notable baisse du nombre des membres issus du gouvernement et de l’Assemblée nationale. Par contre, les représentants des policiers et des militaires sont entrés en grand nombre Le chef des organes de la Sécurité (Công An), Lê Hông Anh, est second du Bureau politique, immédiatement après le secrétaire général réélu, Nông Duc Manh.. Les militaires qui étaient jusque là au nombre de cinq sont désormais 18 dans le Comité central issu du Xe congrès. On note aussi une entrée en masse des représentants du Vietnam du Sud. 

Mais il ne faudrait pas se hâter de conclure que la police ou l’armée ou encore les cadres du Sud, se sont emparés des rênes du pouvoir. Ce serait plutôt le contraire, selon plusieurs spécialistes du communisme vietnamien Selon eux, c’est le Parti qui investit la société civile et non l’inverse. Ce dernier ne tardera pas à placer ses pions au gouvernement dépendant directement de lui, même s’il doit faire enregistrer ses nominations par l’Assemblée nationale. En accueillant dans ses instances dirigeantes, des cadres issus de la police, de l’armée, il s’efforce de renforcer son emprise sur ces très importantes institutions de la société civile que sont l’armée, la police, ou encore sur la population du Sud, toujours revêche à l’embrigadement communiste. Les dirigeants actuels du Parti craignent en effet de perdre leur emprise sur une société qui dans un futur proche - tout le laisse présager -, risque d’être passablement bouleversée par le libéralisme économique. L’actuelle croissance économique et la prochaine entrée du Viêt-Nam à l’OMC, même si elles confirment les dirigeants dans la justesse de leur politique, ne peuvent que leur compliquer la tâche et renforcer les exigences de ce qu’ils appellent la gestion de la société. Ils devront payer le libéralisme économique par un surcroît de contrôle. Celui-ci est d’ailleurs prévu dans le rapport politique adopté au 10e Congrès et illustré par une récente décision de rétablir la fonction de Commissaire politique à l’armée (Chinh uy et chinh tri viên), fonction qui avait été abandonnée dans les années 80.

En fait, si à l’occasion de ces journées « portes ouvertes » du 10e congrès, les dirigeants du Parti communiste vietnamien ont appris beaucoup de choses concernant la société civile vietnamienne, particulièrement le mécontentement qu’elle éprouve à son égard, ils ont, eux-mêmes, livré peu d’informations les concernant. Ce silence et cette discrétion montre au moins qu’eux-mêmes n’ont pas changé... De nouveau, les volets de la maison du Parti sont clos. Si aucune tempête extérieure ne vient les arracher de leurs gonds, ils le resteront jusqu’au prochain congrès. L’avant-scène sera occupée par les résultats économiques et les conséquences que ceux-ci pourront avoir sur la société vietnamienne. 

JL..






































Le Xe Congrès ou les journées « portes ouvertes » du PCV
Le personnel se renouvelle ; le secrétaire général et le Parti ne changent pas

Jean Lefrançois

En temps ordinaire, les volets de la maison du Parti communiste vietnamien sont soigneusement clos. Comité central, Bureau politique y délibèrent et décident portes et fenêtres fermées. Les décisions, résolutions et autres documents rendus publics à l’issue des réunions du Bureau politique ou des plénums du Comité central sont rédigés dans une langue de bois neutre, indirecte et opaque, ne laissant rien filtrer des débats qui les ont vus naître. Les échos des querelles et dissensions intestines ne franchissent pas les enceintes du Parti sinon par des fuites, parfois soigneusement organisées, ou encore par quelques lettres rendues publiques sans doute à dessein, comme celles qu’a signées l’ancien Premier ministre Vo Van Kiet quelque temps avant le Xe Congrès. C’est tout à fait indirectement que l’on connaît par exemple la très ancienne et en partie légendaire opposition entre le clan des conservateurs menés par l’ancien chef d’Etat Lê Duc Anh associé à l’ex-secrétaire général Dô Muoi et le parti de l’ouverture où l’on range habituellement Vo Van Kiêt, quelques dirigeants issus du Sud, et certains autres

Il n’existe qu’une seule exception apparente à cette règle du secret ; c’est la préparation des congrès quinquennaux. Contraint au renouvellement du personnel dirigeant, par ses propres règlements, le Parti durant cette période, se laisse observer, se donne quelque peu en spectacle, s’appuie même tant soit peu sur l’opinion publique. Cette ouverture avait permis il y a cinq ans, lors du IXe Congrès, de faire apparaître au grand jour le dispositif d’espionnage de ses collègues mis en place par le secrétaire général de l’époque, l’ancien commissaire politique Lê Kha Phiêu.

Mise en scène du Xe Congrès

Les fenêtres se sont donc entrouvertes pour ce Xe congrès qui s’est déroulé à Ha Nôi du 18 au 25 avril 2006, occasion rêvée pour les observateurs de scruter les arcanes du Parti communiste vietnamien. Une première étape de la préparation de ce congrès avait pour but de permettre au Parti d’être informé de l’idée que l’on se faisait de lui. Après avoir lancé dans le public avec un certain retard - au début de février- son projet de rapport politique, à son habitude, le Parti a sollicité l’opinion de tous les milieux sociaux sur ce document qui ne présentait rien d’original, si ce n’est la volonté de poursuivre la politique dite de rénovation. Cette fois-ci, du 3 février au 20 mars, à la veille du 14e plénum, des dizaines de milliers de contributions ont afflué de partout. C’était la première fois depuis le VIe Congrès de 1986, qui avait lancé la politique du dôi moi, qu’une telle participation avait lieu, même s’il est permis de penser que ce mouvement n’a pas été tout à fait spontané. Chaque matin, les 25 médias officiels, relayés par le réseau Internet, diffusaient des textes les plus divers envoyés par les lecteurs, souvent bien connus par ailleurs, comme ce fut le cas par exemple pour Nguyên Trung dont la contribution du 6 février 2006 dans Tuôi Tre, a eu de nombreux échos dans l’opinion publique. La plupart de ces textes exigeaient des changements radicaux de mentalité et de comportement de la part des membres du Parti. Le sempiternel sujet de la corruption des cadres fut bien évidemment traité. Certaines contributions demandaient que soient redéfinis les idéaux socialistes, poussant quelquefois l’audace jusqu’à mettre en cause le monopole du Parti sur le pouvoir.

Plusieurs autres éléments sont venus renforcer encore le climat dramatique de cette préparation au Xe congrès et donner l’impression qu’un état de crise avait besoin d’être dénoué. Depuis la fin de novembre 2004 jusqu’aux jours qui ont précédé le Congrès, un mouvement de grève réclamant de plus hauts salaires et de meilleures conditions de travail a paralysé des dizaines d’entreprises du sud au nord et mobilisé des dizaines de milliers d’ouvriers sans que le pouvoir ne se manifeste sinon par un décret augmentant le salaire minimum garanti. Les grèves se sont arrêtées à la veille du Congrès sans que l’on sache exactement pourquoi.

Par ailleurs, d’autres événements se produisirent, qui sont venus alimenter le scepticisme populaire sur les possibilités du Parti communiste de se réformer conformément aux souhaits émis dans la plupart des contributions. La presse et les médias, dont il faut rappeler qu’ils sont contrôlés par l’Etat, se sont fait l’écho d’une succession de scandales de la corruption impliquant de hauts dirigeants comme pour illustrer la faiblesse profonde du Parti au pouvoir, à savoir la corruption qui le ronge. Aucun domaine du pouvoir n’échappe à ce fléau, ni le pétrole, ni les télécommunications, ni l’agriculture, ni le commerce. Cependant à l’époque de la préparation du Congrès, ce sont les détournements de fonds découverts au ministère des Transports qui a occupé les esprits, avec la fameuse affaire PMU 18 (Project Management Unit). Plus d’un million de dollars de fonds publics provenant de l’aide internationale ont été détournés. Le directeur du projet, le vice-ministre des Transports, le ministre lui-même se sont trouvés soit arrêtés, soit inculpés soit obligés de démissionner. Il se peut que certains membres du Bureau politique ne soient pas étrangers à la divulgation de toute cette affaire. 

L’ouverture du Xe Congrès et le retour à l’ordre.

Cette combinaison d’attaques plus ou moins virulentes contre le Parti, de malaise social et d’affaires scandaleuses a constitué un curieux climat tout au cours de la préparation du Congrès. Mais le cours des événements a commencé à se transformer dès avant l’ouverture officielle du Congrès, avec le 14e plénum qui a débuté le 20 mars, date à laquelle une délégation du Parti communiste chinois de haut niveau faisait irruption dans la capitale sans que sa venue ait été annoncée à l’avance. Le mouvement de grèves semblait s’achever ou du moins était passé sous silence par la presse officielle. Seuls les échos des scandales financiers continuaient encore de résonner. La publication des contributions au rapport politique s’était arrêtée avec l’ouverture du plénum ? Certes des manifestes émanant d’un mouvement démocratique composé d’un certain nombre de dissidents et de militants de la liberté religieuse appelaient à la démocratie et au rétablissement des libertés fondamentales. Mais ceux-là n’avaient pas droit aux colonnes d’une presse encore contrôlée par le Parti.

La page était vraiment tournée avec le discours de clôture du secrétaire général encore en fonction Nông Duc Manh, à la fin du plénum. Il laissa entendre que désormais la voix de la société civile devrait se taire et suggéra que rien de ce qui avait été dit au cours de la préparation du Congrès ne serait oublié. Il a en effet déclaré que le Comité central s’efforcerait « d’assimiler (les avis) les plus judicieux ». tout en ajoutant, « qu’il était déterminé à critiquer et à rejeter certaines opinions non constructives, même hostiles, qui ont pour unique but de calomnier et noircir le Parti, l'Etat et le peuple vietnamiens ».C’est sur cette mise en garde que s’acheva la période de préparation du Xe Congrès..

Des huit jours du Congrès (18 au 25 avril), il n’y a pratiquement rien à dire, sinon qu’il s’est déroulé avec la pompe et le décorum habituels. On y a adopté un rapport politique, remanié certes mais qui tient pei compte des revendications exprimées lors de la préparation du Congrès. Il a condamné à nouveau la concussion, confirme la politique de rénovation, l’économie de marché à orientation socialiste et exprime la volonté du Parti de jouer le rôle que lui donne la constitution du Pays, à savoir de gérer la société civile. 

Un parti qui se renouvelle et qui ne change pas

C’est moins à l’élaboration d’une nouvelle politique ou à une révision des idéaux socialistes qu’au remaniement du personnel composant les instances du Parti que se sont affairés les représentants du Parti au Congrès. Leur renouvellement a été assez important. On peut constater que sur les 14 membres du nouveau Bureau politique, six seulement appartenaient à l’ancien Bureau, les huit autres sont nouveaux. Il en est de même du Comité central de 160 membres, dont une moitié faisait partie de l’ancien Comité, l’autre moitié étant composé de nouveaux venus. 

Mais il est difficile de tirer d’autres conclusions de la composition du Comité central et du Bureau politique et en particulier d’y trouver des indications sur la future ligne politique du Parti. Encore moins que lors des autres congrès, on ne peut décider qui a gagné, des conservateurs ou des partisans de l’ouverture, à supposer que ces deux clans existent vraiment. On s’accorde cependant pour penser que l’insipide Nông Duc Manh, réélu secrétaire général était le candidat de Lê Duc Anh et de Dô Muoi, qui, bien que retirés, continuent de s’occuper activement de la composition du Bureau politique et du Comité central.

Des observateurs ont examiné à la loupe les origines des membres de ces deux assemblées. On a relevé une très notable baisse du nombre des membres issus du gouvernement et de l’Assemblée nationale. Par contre, les représentants des policiers et des militaires sont entrés en grand nombre Le chef des organes de la Sécurité (Công An), Lê Hông Anh, est second du Bureau politique, immédiatement après le secrétaire général réélu, Nông Duc Manh.. Les militaires qui étaient jusque là au nombre de cinq sont désormais 18 dans le Comité central issu du Xe congrès. On note aussi une entrée en masse des représentants du Vietnam du Sud. 

Mais il ne faudrait pas se hâter de conclure que la police ou l’armée ou encore les cadres du Sud, se sont emparés des rênes du pouvoir. Ce serait plutôt le contraire, selon plusieurs spécialistes du communisme vietnamien Selon eux, c’est le Parti qui investit la société civile et non l’inverse. Ce dernier ne tardera pas à placer ses pions au gouvernement dépendant directement de lui, même s’il doit faire enregistrer ses nominations par l’Assemblée nationale. En accueillant dans ses instances dirigeantes, des cadres issus de la police, de l’armée, il s’efforce de renforcer son emprise sur ces très importantes institutions de la société civile que sont l’armée, la police, ou encore sur la population du Sud, toujours revêche à l’embrigadement communiste. Les dirigeants actuels du Parti craignent en effet de perdre leur emprise sur une société qui dans un futur proche - tout le laisse présager -, risque d’être passablement bouleversée par le libéralisme économique. L’actuelle croissance économique et la prochaine entrée du Viêt-Nam à l’OMC, même si elles confirment les dirigeants dans la justesse de leur politique, ne peuvent que leur compliquer la tâche et renforcer les exigences de ce qu’ils appellent la gestion de la société. Ils devront payer le libéralisme économique par un surcroît de contrôle. Celui-ci est d’ailleurs prévu dans le rapport politique adopté au 10e Congrès et illustré par une récente décision de rétablir la fonction de Commissaire politique à l’armée (Chinh uy et chinh tri viên), fonction qui avait été abandonnée dans les années 80.

En fait, si à l’occasion de ces journées « portes ouvertes » du 10e congrès, les dirigeants du Parti communiste vietnamien ont appris beaucoup de choses concernant la société civile vietnamienne, particulièrement le mécontentement qu’elle éprouve à son égard, ils ont, eux-mêmes, livré peu d’informations les concernant. Ce silence et cette discrétion montre au moins qu’eux-mêmes n’ont pas changé... De nouveau, les volets de la maison du Parti sont clos. Si aucune tempête extérieure ne vient les arracher de leurs gonds, ils le resteront jusqu’au prochain congrès. L’avant-scène sera occupée par les résultats économiques et les conséquences que ceux-ci pourront avoir sur la société vietnamienne. JL..