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VIET NAM infos numéro 4 - 21 janvier 2000

Points chauds : le peuple en mouvement

Depuis l'avènement Dôi Moi, le Parti communiste vietnamien (PCV) et le gouvernement de Ha Nôi ont pris l'habitude de nommer par "points chauds" les localités où se déroulent des manifestations de colère. Ces "points chauds" sont apparus dès la fin des années 80, notamment dans les provinces de Thanh Hoa et de Nghê An où les villageois avaient pris plusieurs délégations gouvernementales et des policiers en otages pour exiger des autorités centrales la réparation des injustices commises par les cadres locaux.

Thai Binh (avril 1997) : un cas d'école ?

Le cas le plus marquant de ces dernières années reste incontestablement celui de la province de Thai Binh qui, il y a trois ans, s'embrasait. Dans cette province, principalement productrice de riz dans le Nord - souvent présentée par le pouvoir comme une province modèle de la "réussite socialiste" - les protestations populaires tournèrent à l'émeute. La cause la plus évidente en était les prélèvements excessifs mêlés à une corruption locale importante émanant des autorités. Ainsi, un agriculteur possédant un are de rizière doit-il subir une vingtaine de taxes et prélèvements. Sur un hectare de rizière (soit 15 tonnes de riz), après toutes les taxes prélevées, il restait à chacun quelque 70 kg de riz non décortiqué. Autant dire que la disette était devenue permanente.

A quoi servent donc ces taxes? Elles sont utilisées en partie pour la construction des aménagements publics mais surtout sont détournées pour enrichir les cadres locaux du Parti et les agents de l'administration. Depuis 1994, une partie de la population avait adressé des lettres de doléances aux différentes instances du Parti et du gouvernement. Elles n'avaient trouvé pour toute réponse qu'un silence doublé d'arrestations et d'agressions physiques contre les récalcitrants. L'affaire n'allait pas en rester là. Le 25 avril 1997, 3 000 paysans du village de Quynh Hong se rendirent au siège du district pour porter pour porter plainte contre les agents de leurs localités. Le mouvement fit boule de neige. Ainsi sur les 285 villages qui composent la province de Thai Binh, 231 se joignirent au mouvement de protestation. Pour tenter de désamorcer le mouvement, la Sûreté communiste arrêta deux villageois considérés comme meneurs. La colère des paysans fut alors plus décisive et la protestation silencieuse se transforma en une véritable émeute. Les affrontements contre la police furent violents et, sous la pression, les détenus furent relâchés et le siège du Comité populaire assiégé sous les jets de pierres. Dans les jours qui suivirent, les agents du Parti et de la municipalité prirent la fuite laissant la région sans administration. Une dizaine d'habitations appartenant aux cadres corrompus furent la proie des flammes et une vingtaine de policiers furent pris en otage.

Malgré la censure totale de ces événements, le Nhân Dân, quotidien officiel du Parti, dut se résoudre, au milieu du mois de septembre 1996, à évoquer le "point chaud" de Thai Binh. Jusqu'à maintenant, de multiples problèmes restent en suspens. Malgré le limogeage et la mise en procès de plus de 2000 agents du Parti, la population ne décolère pas. Trois ans et demi après les premières manifestations, Thai Binh reste une véritable poudrière pour le gouvernement. La population n'a guère apprécié la répression de la "Stasi" locale avec des matraques électriques "made in France".

Le cas des villages de Tho Da (1996-1998) au Nord et de Tra Cô au Sud est typique de ce qu' on rencontre de plus en plus souvent : l'expropriation forcée de paysans à des fins mercantiles (construction d'usines ou de nouvelles bâtisses destinées aux membres au Parti). Dans l'un comme dans l'autre cas, des affrontements violents eurent lieu entre les forces de police et la population. A Trà Cô, le pouvoir a dû reculer face à la détermination de la population catholique.

Casse-tête pour les autorités : des milliers et milliers de plaintes

Après les événements de Thai Binh, le gouvernement réalisa qu'il était impossible d'ignorer le mécontentement de la population et surtout celu des paysans, ancien ciment du régime. Il encouragea alors le système des lettres de doléances en donnant l'assurance de résoudre les problèmes posés par les plaignants. Ce qui devait calmer les esprits devient aujourd'hui un véritable phénomène social et un vrai casse-tête pour les dirigeants. Des milliers de gens déposent leurs plaintes aux Comités populaires et certains, pour être sûrs d'être entendus, s'attroupent devant la résidence du premier ministre ou celle du secrétaire général du Parti pour remettre en main propre leurs doléances. Leur patience surprend. Ils campent souvent plusieurs jours durant devant les édifices du pouvoir. La police feint d'ignorer ces gens qui ne sont pas encore organisés. Ces vagues de protestation s'étendent jusqu'au coeur de la grande métropole du Sud. Depuis plusieurs mois, des groupes se rassemblent devant les organes de l' Etat situés près du jardin zoologique pour réclamer la restitution des terres que la nomenklatura communiste leur avait arbitrairement confisquées. Avant l'arrivée du président américain Clinton, ces protestataires furent "évacués".

Le milieu du travail

Le milieu du travail connaît aussi ses ratés. L'extension des grèves, autorisées de nouveau depuis 1994 (loi du 3-7-1994), est simplement impressionnante. Depuis six ans, pas moins de 285 grèves ont été recensées avec une moyenne de cinquante par an (69 en 1999). Les revendications des travailleurs se concentrent surtout sur les salaires et les conditions de travail quelques fois effroyables (brimades, punitions, violences physiques).

La liberté de croyance en question

L'exercice de la religion reste lui aussi problématique et sujet à de nombreux "points chauds". En 1993, à Huê, plus de 40 000 bouddhistes s'étaient opposés à la police locale pour défendre les vénérables de la pagode Thiên Mu et protester contre l'arrestation des bonzes Hai Tang et Hai Tinh. En 1998, 200 000 catholiques se réunissaient à La Vang pour participer au centenaire de l'apparition de la Vierge Marie sous l'oeil méfiant de la Sécurité. Ces deux dernières années, le delta du Mékong a vu ressurgir avec ampleur le phénomène du bouddhisme Hoa Hao qui compte plus d'un million de fidèles, notamment à l'occasion des soixante ans de la création de ce mouvement religieux (1999) dont le fondateur Huynh Phu So, a été assassiné par le Viêt-Minh (communiste) en 1947.

Actuellement, les mouvements de foule de grande envergure des bouddhistes Hoa Hao à An Giang et l'attitude déterminée du prêtre catholique Nguyên Van Ly à Huê posent de sérieuse problèmes aux autorités.

Ces manifestations, spontanées et massives, se sont consolidées par la récente déclaration commune de quatre personnalités (Thich Thiên Hanh, représentant de l'Eglise Bouddhique Unifiée (EBUV) de la région du Centre Thua Thiên Huê , M. Lê Quang Liêm, président de l'Eglise Hoa Hao, et deux prêtres catholiques, Nguyên Van Ly et Chân Tin). Cette déclaration "historique" signée le 27 décembre 2000 est un acte fédérateur des religions d'une grande importance, car il est soutenu par des actions grandissantes (voir ce numéro en dernière page). Un acte politique que le pouvoir aura des difficultés sérieuses à neutraliser.

L'ensemble de ces "points chauds", générés par la politique d'ouverture économique et l'enrichissement direct d'une nomenklatura corrompue et insolente, sont un véritable défi du peuple contre le PCV. Depuis mars 2000, les dirigeants communistes ont organisé des dizaines de délégations où figurent des ministres, des hauts cadres du Parti, pour tenter de régler les problèmes sur place. En vain. De plus, le PCV ne peut plus calomnier les protestataires de "réactionnaires" comme par le passé. La population des récentes révoltes est de plus en plus issue des rangs même de la "révolution". Ainsi, la répression est de plus en plus difficile à exercer sur les vétérans du PCV, sur les "mères des héros de guerre", sur les fils "hooligans" des cadres, et plus généralement sur des "familles qui se sont sacrifiées pour la révolution".

TDT et LTS