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VIET NAM infos numéro 40 - 15 février 2007


L’itinéraire politique de
Hô Chi Minh 

Nguyên Thê Anh (*)


Ho Chi Minh est plus que jamais d’actualité. Nous vous invitons à lire ou à relire un article de Nguyên Thê Anh publié en 1990 et qui a conservé toute sa pertinence au bout de ces 17 années. (Hô Chi Minh, l’homme et son héritage, ouvrage collectif, Duong Moi La voie nouvelle, mai 1990 / Hô Chi Minh, thân thê và su nghiêp, Nam A, thang 5, 1990). Voici deux courts extraits, l’intégralité de l’article est en ligne, sur notre site www. vninfos.com, vous y trouverez toutes les notes et références nécessaires.BXQ
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De son vivant, Ho Chi Minh a laissé s’ancrer dans l’opinion l’idée que le marxisme ne lui était jamais apparu que comme un instrument pour assurer l’émancipation de son pays. Ne voilà-t-il pas que dans son testament, écrit et récrit plusieurs fois entre 1965 et 1969 et dont chaque terme a été pesé, il rappelle avec vigueur son appartenance au mouvement ouvrier et à l’internationale prolétarienne. Les seuls noms de « grands ancêtres » cités sont ceux de Marx et Lénine, et la dernière phrase se termine par un appel à la « révolution mondiale ». A la fin d’une existence vouée au triomphe de la lutte d’émancipation du prolétariat mondial, le vieux leader communiste, qui a toujours respecté les règles de celle-ci, réaf¬firme son attachement à la solidarité socialiste. II se montre par là fidèle jusqu’au bout à un princi¬pe lié lui aussi à Lénine, le national-bolche¬visme, que l’on peut résumer par la définition stalinienne de la culture, nationale dans la forme, socialiste dans le fond. En ce qui concerne l’internationalisme révolutionnaire en tout cas, le moins qu’on puisse dire est qu’il pouvait se prévaloir d'états de servi¬ce exceptionnels. Attachons-nous à les dresser, au moins jusqu’au moment où, comme enivré par les événements de 1945-1946, le président de la nouvelle République démocratique du Viêt-Nam se laissa aller, dans un instant d’abandon, à déclarer que « le père de la révolution, c'était lui », et que « les autres ne pouvaient rien sans lui ».

L’abrégé chronologique publié à la fin des diffé¬rents volumes des œuvres complètes de Hồ Chí Minh indique avec une précision mathématique le jour de son embarquement sur l’Amiral Latouche-Tréville pour s’exiler afin de « trouver une voie de salut pour sa patrie », ses débarquements dans divers ports de France et d’Afrique, son passage à New York, son séjour à Londres au début de la Première Guerre mondiale simultanément comme balayeur de rues et apprenti pâtissier à l’hôtel Carlton, avant son établissement à Paris à partir du 3 décembre 1917. Pourtant, la demande d’admission à l’Eco¬le coloniale (…)écrite à Marseil¬le le 15 septembre 1911, est l’unique document attestant pour toute cette période la présence maté¬rielle en Occident de celui qui s’appelait alors Nguyễn Tất Thành. Autrement, les preuves concrètes man¬quent absolument pour permettre d’accepter sans discussion les anecdotes accré¬ditées sur la partie de sa vie au cours de laquelle il aurait été un véri¬table prolétaire, accomplis¬sant divers métiers pé¬nibles. Nous avons dit ailleurs ce qu’il faut penser de ces péripéties, indis¬pensables pour façonner au jeune révolutionnaire un passé auquel la proléta¬risation donne tout son sens. Car cela va de soi que l’itinéraire le menant au communisme se doit d’être tracé à par¬tir des « conditions objectives » créées par son immersion dans la classe prolétarien¬ne. Cet itiné¬raire, pour le moins, ne peut être que comparable à celui du Japonais Sen Katayama, qui, apparu dès 1917 comme l’élément le plus impor¬tant du communisme asiatique, est devenu un agent fort efficace du Komintern aux Etats-Unis et à Mexico, avant de se rendre à Moscou en 1921 pour aider à la révolution dans son propre pays et dans le monde. Il est possible que certaines circons¬tances particulières aient été inspirées par la vie de Katamaya, tout comme il est probable que l’épi¬sode d’apprenti pâtissier ait été emprunté à celle du dirigeant communiste français Jacques Duclos, qui a commencé sa carrière en cette qualité.

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L'invasion de l'U.R.S.S., la patrie du socia¬lisme, par l’armée allemande, en renforçant Hồ Chí Minh dans l'opinion que le Việt-Nam est destiné à être intégré dans une stratégie mon¬diale qui va de l’Europe orientale à l’Extrême-Orient, l’a confirmé davantage dans son interna¬tionalisme. Sa démarche est par suite inspirée plutôt par les considérations internationales que par les objectifs nationaux. A ce propos, les mémoires de son compagnon d’armes Hoàng Văn Hoan sont venus apporter un nouvel éclairage sur la politique de Hồ au moment de la prise du pouvoir en 1945 et des négociations engagées avec les Français en 1946. Selon Hoan, la straté¬gie du bloc des pays alliés contre le bloc des pays fascistes, avalisée par le 8e plénum du PCI en 1941, a été réaffirmée au congrès national convoqué à Tân-trào (Tuyên-quang), le 16 août 1945. Hồ explique au congrès que, comme la France fait partie du bloc des alliés, il faut faire la paix par un compromis avec les Français. La révolution d’août 1945 a donc été réalisée, non pas pour chasser les Français, mais pour faire pression sur les Alliés, afin de les amener à la table des négociations avec la perspective d’obtenir l’indépendance pleine et entière au bout de cinq ans. Le compromis avec la France implique le maintien du Viêt-Nam au sein de l’Union française : c'est le même mot d’ordre défendu par le Parti communiste français. Si le Việt-Minh a eu recours à la lutte armée, c'est parce qu'il y a été acculé par la violation des accords du 6 mars 1946 par les Français.

Dix ans plus tard, lorsque la victoire de Ðiện-¬biên-phủ met fin à la guerre contre les Fran¬çais, Hồ Chí Minh fait une nouvelle fois prévaloir les exigences de la stratégie mondiale de la révolution sur celles du nationalisme vietnamien. Pour éviter qu'une défaite trop brutale du camp occidental incite les Etats-Unis à recourir à une intervention atomique, Moscou et Pékin pressent leur féal de se contenter d’une demi-exploitation de sa victoire. Hồ doit ainsi accepter un com¬promis qui ne lui donne que la moitié du pays.

En somme, un mythe a été créé sur « une ligne Hồ Chí Minh, nationale et originale, preuve d’une inventivité et d’une indépendance de conception et d’action ». Il a été bénéfique pour l’audience inté¬rieure et extérieure des communistes vietnamiens. Mais il fait oublier que le lea¬der révolutionnaire a voué son existence surtout au triomphe de l’Interna¬tionale communiste, et que, s’il a œuvré pour l’éman¬cipation de son pays, c’est pour mieux l’intégrer au mouvement de l’Internationale ouvrière et paysanne. NTA


(*)professeur émérite 
à l'Ecole Pratique 
des Hautes Etudes, Paris-Sorbonne



Bui Xuan Quang