19

     
VIET NAM infos
 
         
     
 
 
 

 

 

 

SOMMAIRE

 

Édito

 

Archives

 

Thèmes et humeurs

Dossiers

économie/politique

culture/société

brèves/dernières

Documentation

 

Contacts

 

Liens

 

 

 

 
 
 

 

 

Archives - Dossiers

VIET NAM infos numéro 42 - juin 2007


Le point sur le mouvement pour la Démocratie et les Droits de l’Homme au Viêt-Nam 

Bien avant le sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), les autorités vietnamiennes réprimaient déjà durement les membres des Eglises non reconnues par L’Etat, les militants politiques et religieux des minorités ethniques des Haut-Plateaux, ainsi que certains intellectuels ayant fait entendre publiquement leurs protestations comme le journaliste Nguyên Vu Binh.

Le mouvement démocratique au Viet-Nam avait entamé ses activités, le 8 avril 2006 (d’où son nom « Bloc 8406 »), avec la publication du « Manifeste pour la Liberté et la Démocratie au Viêt-Nam », un texte accompagné de 118 signatures. Une semaine plus tard, le 15 avril, le bimensuel « Tu Do Ngôn Luân » (Liberté d’Expression), faisait paraître son premier numéro, non autorisé. Dans les mois suivants les organes d’expression clandestins vont se multiplier. Le 2 septembre, c’est le tour de « Tu Do Dân Chu » (Liberté et démocratie) puis de « To Quôc » (Patrie). « Tu Do Ngôn Luân » est diffusée sur papier avec un tirage de 10 000 exemplaires en fin 2006 et plus réduit pour la période qui a suivi, tandis que « Tu Do Dân Chu » et « Tô Quôc » parviennent à leurs lecteurs sur le réseau Internet. « Tu Do Ngôn Luân », réalisée par une équipe de Huê, animée par le Père Nguyên Van Ly, est destinée aux lecteurs du Centre et du Sud, « Tu Do Dân Chu » dont l’un des responsables est M. Nguyên Khac Toàn, privilégie des lecteurs du Nord et To Quôc » dont l’un des animateurs est M. Nguyên Thanh Giang cherche à toucher les membres du Parti. 

A la même époque, parallèlement à l’effort de diffusion de ses idées, le mouvement installe des structures pour regrouper ses adhérents. En mai-juin 2006, M. Hoang Minh Chinh réactive un ancien parti créé par le régime dans le passé, le Parti démocratique (Dan Chu) qui devient Le Parti Démocratique XXI. Le 9 septembre, M. Nguyên Phong crée le Parti pour le Progrès (Thang Tiên) dont le siège est à Huê. Avec des partis politiques existants mais nullement reconnus par le régime, le Parti pour le Peuple (Vi Dân), le Parti démocratique du Peuple (Dân Chu Nhân Dân), et Le Parti pour la Rénovation du Viêt-Nam (Viêt Tân), l’opposition fait ses premiers pas dans un multipartisme théorique.

Parallèlement, le mouvement essaie de mettre en place une formation syndicale, « L’Union des Travailleurs-Paysans ». Devant le danger potentiel représenté par cette initiative, les autorités font arrêter et interner les responsables pendant le Sommet de l’APEC (le plus jeune, Doan Huy Chuong n’a que 21 ans)

Mouvements sociaux : Indépendamment du mouvement démocra-tique organisé, des revendications spontanées ont surgi au sein de la société civile. Fin 2005, début 2006, des grèves importantes ont eu lieu d’abord dans des zones industrielles autour de Ho Chi Minh -Ville. Elles se sont ensuite très rapidement, propagées au Centre et au Nord. Malgré leur ampleur (des dizaines de milliers de grévistes) le pouvoir laisse se développer ces grèves non autorisées quelque temps, puis les arrête en décrétant une augmentation de salaires juste avant le début du Xe Congrès (avril 2006).

Ces temps derniers, plaintes et requêtes individuelles et collectives contre les abus des resposables locaux ont tendance à se multiplier. Les petites manifestations sont tolérées. Elles sont circonscrites au square Mai Xuân Thuong. Des dizaines de lettres de plaignantes sont publiées sur Internet mais sur le terrain le contrôle est total.

La répression. Après le succès de l’APEC en novembre 2006 et son admission à l’OMC, Ha Nôi change soudain de profil et défie ouvertement l’opinion internationale en lançant une série d’arrestations suivies de procès. Le premier procès (30 mars 2007) est public, l’assistance est internationale, un système vidéo est mis en place. L’image du Père Ly, bâillonné alors qu’il lance des slogans anti-régime va parcourir le monde, interpellant plus d’une conscience et réveillant certains gouvernements occidentaux, l’Union européenne et particulièrement les Etats-Unis. Mais au Viet-Nam, l’appareil de répression s’est mis en marche.. Les procès se multiplient, les condamnations se font très lourdes ternissant encore davantage l’image déjà peu reluisante du régime. Celui-ci se consacre entièrementt à la réussite sans faille des élections législatives du 20 mai 2007. Les 99, 64 % de participation aux élections proclamés par les médias officiels donnent à voir une image caricaturale du régime et laissent deviner le bâillonnement du peuple.

Conséquences. Les conséquences ont été plus désastreuses que ne l’aurait pensé le régime : Le 2 mai 2007, la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde (USCIRF), une agence gouvernementale, a recommandé au département d’Etat de replacer le Viêt- Nam sur la liste noire des pays qui violent les libertés religieuses. George W. Bush cite le nom du Père Ly à son atterrisssage en Europe, à Praque, lors du sommet G8, et reçoit, le 29 mai, durant 45 minutes quatre représentants de l’opposition vietnamienne dans le bureau ovale de la Maison blanche. MM. Lê Minh Nguyên (Réseau des Droits de l’Homme), Nguyên Quôc Quân (Mouvement humaniste), Dô Thành Công (Parti démocratique du Peuple- Dân Chu Nhân Dân), Dô Hoàng Diêm (Parti pour la Rénovation du VN – Viêt Tân). Dans la foulée, Georges W Bush inaugure un monument dédié aux victimes du communisme à Washington en présence de nombreux vietnamiens(12.6.2007). Et cela, juste avant la visite du Président Nguyên Minh Triêt à Washington.

Juste avant ce voyage, Ha Nôi libère deux des prisonniers réclamés par les Etats-Unis, le journaliste Nguyên Vu Binh et l’avocat Lê Quôc Quân, mais Washington reste ferme dans son attitude et Bush reçoit Triêt le 22 juin sans les honneurs habituels réservés à un chef d’Etat. La visite de Nguyên Minh Triêt est visiblement un échec diplomatique et politique malgré des accords commerciaux courants. Le mercredi 27 juin, trois responsables de la Sécurité nationale américaine ont exposé devant un auditoire de représentants vietnamiens les traits importants de l’entretien Bush – Triêt.

Il est surprenant de voir Ha Nôi réagir de la sorte face à une opposition qui ne fait que ses premiers pas sur le terrain de la lutte politique. Le bâillonnement et la répression des opposants ont, en fait, bien aidé ces derniers à bénéficier d’une reconnaissance internationale, européenne puis américaine. 

L’attitude adoptée par Ha Nôi à l’égard du mouvement démocratique donne à penser que la pression de Pékin s’est exercée sur lui avec force. Les maîtres chinois ont toujours critiqué le « laisser-aller politique » de Ha Nôi ! Mais ce dernier va-t-il revenir à un système de gouvernement dont l’inefficacité n’est plus à démontrer ? Le Viet-Nam actuel a-t-il la capacité de se débarasser de son passé-alibi, de changer et d’ évoluer au rythme du temps ? Tout est encore à prouver.

H.T.C. et J.L