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VIET NAM infos numéro 5 - 15 mars 2000

L'affaire Nguyên Van Ly

Tran Duc Tuong

"Nous avons besoin de liberté religieuse !", "Liberté religieuse ou la mort !". Ce sont les deux slogans que l'on peut lire sur le clocher de la petite église de la paroisse de Nguyêt Biêu, à Hué depuis le 24 novembre 2000, fête des Saints-Martyrs vietnamiens. Par l'intermédiaire de l'Internet, la communauté vietnamienne à l'étranger est rapidement et largement informée de ce qui se passe actuellement dans cette paroisse inconnue de tout le monde il y a à peine quelques mois.

NGUYÊT BIÊU

Nguyêt Biêu est une petite paroisse qui se trouve à 8km au sud-ouest du centre-ville de l'ancienne capitale impériale du Viet-Nam et est sous la juridiction de l'archevêché de Hué. On n'y compte pas plus de 200 catholiques, tous très pauvres et vivant de l'agriculture. 
Comme il s'agit d'une petite paroisse se trouvant à la périphérie de la ville et à l'écart des regards curieux, Nguyêt Biêu est devenu, après la victoire communiste en 1975, l'endroit idéal pour séquestrer les "éléments réactionnaires" du clergé catholique. Ainsi, depuis 1997, le P. Thaddée NGUYEN VAN LY y est assigné à résidence après 10 ans de prison pour avoir dénoncé la violation de la liberté de religion par le gouvernement.

LE PERE NGUYEN VAN LY

Le P. Nguyên Van Ly, 54 ans, a fait ses études au petit séminaire de Hoan Thiên, puis au grand séminaire Saint-Sulpice à Hué. Ordonné prêtre en 1974 par Mgr. Nguyên Kim Diên alors archevêque du diocèse de Hué. Issu d'une famille modeste, le P. Ly aime à servir les pauvres, ce qui explique son engagement dans l'Association des Missionnaires fondée par son évêque. En 1975, il fut nommé secrétaire à l'évêché de Hué. Mais le 10.04.1977, il fut arrêté pour avoir diffusé la déclaration de Mgr. Nguyên Kim Diên dénonçant la politique des communistes visant à détruire les religions. Condamné à 20 ans de prison pour ce délit; il fut libéré quelques mois après avec l'interdiction d'accomplir son ministère. En 1983, il fut arrêté une deuxième fois pour avoir refusé l'ordre d'expulsion de sa paroisse de Doc So. L'affaire fut traduite devant le tribunal populaire de Hué qui le condamna à 10 ans de prison ferme et 4 ans d'assignation à résidence. Après sa libération, il fut assigné à l'évêché de Hué avec interdiction de ministère. Frustré par la politique anti-religieuse du régime communiste, il publia en 1994 une déclaration comportant les 10 points dénonçant les exactions du gouvernement contre l'église catholique. En 1997, il fut alors assigné à résidence dans le presbytère de la petite église de Nguyêt Biêu où il vit jusqu'à sa nomination officielle à An Truyên, un village voisin, au début de 2001.. Malgré le manque de moyens, il a réussi à monter une petite école pour enseigner l'informatique aux jeunes de la région.

LES FAITS

Après la prise du Sud-Viet-Nam, le régime communiste a confisqué tous les biens de l'Eglise catholique, les terres cultivées ou non, les édifices scolaires et hospitaliers, les couvents et monastères, les séminaires etc... A Nguyêt Biêu, outre les 15.000m2 de rizières et de prairies, il a pris près de 2000m2 des terres qui se trouvent à l'intérieur de l'enclos de l'église. Récemment, les autorités locales ont tracé un canal d'irrigation passant par l'église. Furieux devant cet acte, vers la mi-novembre 2000, le P. Ly et ses paroissiens ont signé une pétition (le 13.11.2000) adressée aux autorités "compétentes" de Thua Thiên - Hué pour demander la restitution des terres. En même temps il a rediffusé sa déclaration en 10 points rédigée en 1994.

Du 16 au 20.11.2000, les forces de police harcèlent les chrétiens qui ont signé la pétition.

Le 24.11.2000, fête des Saints-Martyrs vietnamiens, le P. Ly publie l'Appel de Fin d'année 2000, dans lequel il répète les propos de feu Mgr. Nguyên Kim Diên :"La politique religieuse du gouvernement est un noeud coulant qui étrangle les religions" et dénonce la violation des droits fondamentaux de l'Homme. Il explique aussi la raison de la lutte pour la liberté religieuse qu'il va mener avec ses paroissiens. Des banderoles portant l'inscription "NOUS AVONS BESOIN DE LIBERTÉ RELIGIEUSE" sont érigées autour de l'église et sur les parcelles de terre de la paroisse expropriées en 1975. En même temps, les catholiques de Nguyêt Biêu, avec le P. Ly à leur tête, sont allés labourer ces mêmes parcelles de terre.

Le soir du 04.12.2000, pendant qu'une délégation des autorités locales vient parler avec le curé, plusieurs dizaines de policiers en civil et en uniforme enlèvent les banderoles des rizières.

Dès le 04.12.2000 les appels ainsi que les nouvelles et les photos de Nguyêt Biêu parviennent à l'étranger par la voie de l'internet dont le P. Ly connaît les secrets. Le P. Ly répond à plusieurs interviews par téléphone aux différentes radios, associations dont Le Réseau de la Jeunesse en Route à l'étranger.

Le 05.12.2000 le P. Ly confectionne d'autres banderoles et les hisse en haut de l'église. Il se déclare seul responsable de cette action pour ne pas impliquer ses fidèles.

Le 08.12.2000 le P. Ly lance son 2e Appel, priant le Conseil des Evêques du Viet-Nam de ne plus se plier aux exigences illégitimes du régime communiste actuel, de ne plus se contenter de quelques faveurs personnelles pour oublier la tâche des pasteurs qui est la protection de l'Eglise et du troupeau, de se réserver les droits pastoraux et épiscopaux indépendants de l'Etat.

Le 10.12.2000 Le Réseau de la Jeunesse vietnamienne en Route ( Australie) lance, sur internet, une campagne de soutien au P. Ly et aux catholiques de Nguyêt Biêu. En deux semaines 17.000 signatures sont récoltées.

Le 13.12.2000 les autorités coupent toutes les lignes téléphoniques du P. Ly. Mais cela n'empêche pas celui-ci de communiquer avec ses amis au Viêt-Nam et à l'étranger.

Le 14.12.2000 le Vénérable Thich Thai Hòa, de l'Eglise Bouddhiste Unifiée du Viet-Nam, vient rendre visite au P. Ly et déclare soutenir les actions du prêtre pour la liberté religieuse.

Le 16.12.2000, les dignitaires religieux exilés à l'étranger signent une lettre de soutien. Ce sont : le Vénérable Thich Giac Luong, le P. Tran Quy Thien, M. Ngoc Sach Thanh (Cao Dai), M. Nguyen Thanh Liem (Cao Dai), M. Nguyên Cao Thanh (Bouddhiste).

Le 18.12.2000, le P. Chân Tin, rédemptoriste, et M. Lê Quang Liêm, Supérieur de l'Eglise Hoa Hao, signent une déclaration commune contre la politique anti-religieuse du gouvernement communiste du Viet-Nam.

Le 20.12.2000, 3ème Appel du P. Ly, appelant toutes les religions à "réaliser la liberté religieuse par elles-mêmes" car un gouvernement athée ne peut pas donner ce qu'il n'a pas. Un nouveau slogan apparaît en haut de l'église: "LIBERTÉ RELIGIEUSE OU LA MORT"

Noël à Nguyêt Biêu se passe dans le calme. Plus de 200 personnes assistent à la messe de minuit. On note une dizaine de policiers en civil et en uniforme à l'extérieur et au fond de l'église. Les autorités promettent la récupération par la force, le lendemain, des terres labourées par les catholiques. Mais elles n'en font rien.

Le 27.12.2000, une déclaration commune dénonçant la politique religieuse du gouvernement portant la signature du Vénérable Thich Thiên Hanh, Supérieur de la Communauté des Bonzes à Hué, de M. Lê Quang Liêm de l'Eglise Bouddhiste Hoa Hao, du P. Chân Tin, prêtre rédemptoriste, et du P. Nguyen Van Ly de Nguyêt Biêu.

Le 27.12.2000, 4ème Appel du P. Ly, appelant les adeptes de toutes les religions à ne pas tomber dans le piège du gouvernement lorsque ce dernier leur offre quelques faveurs, à ne pas courber la tête lorsque la religion est persécutée par des lois et réglementations hostiles, à rechercher la Vérité et la Justice.

Le 28.12.2000, les évêques vietnamiens reçoivent une copie de la proposition des réglementations sur les religions pour consultation. Lettre datée du 25.12.2000. Elle comporte les mêmes restrictions pour les différentes religions et prévoit une plus grande ingérence de l'Etat dans les affaires internes des religions.

Le 08.01.2001, les autorités font parvenir au P. Ly la carte de voeux du président du Viet-Nam, Tran Duc Luong et du Comité Populaire de Thua Thien - Hué. Fait inhabituel selon le P. Ly.

Le 09.01.2001 : lettres de la Commission Sur La Liberté Religieuse Internationale, organisme conseiller du gouvernement des Etats-Unis, au P. Ly et au Vénérable Thich Thai Hoa, les invitant à une audition devant le Congrès américain le 13.02.2001. Ces lettres sont envoyées par l'intermédiaire de l'Ambassade des E-U à Ha Noi. Jusqu'à ce jour, les intéressés ne les ont pas reçues. Il y a de fortes chances pour que le gouvernement ne les laisse pas partir. Ainsi le P. Ly envoie le texte de son discours à l'étranger pour qu'un autre prêtre qui le représente le lise devant le Congrès américain.

Le 11.01.2001 : Le P. Ly envoie une lettre au pape et à tous les dirigeants des religions au Viêt-Nam expliquant son action pour la liberté religieuse, leur demandant de prier pour lui et pour la liberté.

Le 15.01.2001 : Le P. Ly envoie une lettre à Son Eminence le Cardinal Phan Dinh Tung et aux évêques vietnamiens, rapportant son action et celle de ses paroissiens depuis le 24.11.2001, les remerciant de leur soutien, malgré leur silence officiel, et leur demandant de ne plus tenir compte des restrictions et formalités imposées par les autorités dans l'exercice de leurs droits épiscopaux et pastoraux.

Le 20.01.2001, Mgr. Nguyen Nhu Thê, archevêque de Hué, vient à Nguyêt Biêu remettre au P. Ly sa nomination au poste de curé de la paroisse de An Truyên, à une vingtaine de kilomètres de Nguyêt Biêu. C'est une affaire qui a traîné depuis trois ans, à l'époque la nomination n'était pas acceptée par les autorités communistes de Hué. An Truyên est une paroisse plus importante que Nguyêt Biêu, comptant 800 catholiques.

23.01.2001 : la veille du Jour de l'An Vietnamien, le P. Ly répond à une interview par téléphone du Réseau de la Jeunesse Vietnamienne en Route. Il affirme que sa lutte pour la liberté religieuse continue et il entend apporter cette lutte avec lui à An Truyên. Il remercie tous ceux qui l'ont soutenu, Vietnamiens des quatre coins du monde et amis étrangers, et leur présente les voeux du Têt en ces termes :"Je souhaite à toutes et à tous, un Printemps plein de Vérité, de Vertu, de Paix et de Vrai Bonheur".

25.01.2001 : 5ème Appel demandant aux organisations internationales de ne pas tolérer que le gouvernement signe des accords de complaisance. Le même jour le P. Ly diffuse son 6ème Appel aux étudiants et aux enseignants du Viêt-Nam, les exhortant à ne plus étudier ni à enseigner le socialisme, le communisme et l'histoire du Parti Communiste Vietnamien (PCV).

28.01.2001 : le P. Ly lance son 7ème Appel au PCV le priant de partager équitablement le pouvoir avec les autres.

22.02.2001 : 8ème Appel du P. Ly au PCV lui demandant : 1/ de se dissoudre ; 2/ d'abolir l'article No.4 de la constitution du Viêt-Nam qui stipule que le PCV est le seul parti à avoir le droit de gouverner le pays; 3/ laisser l'administration organiser une élection libre sous contrôle international.

26.2.2001 : 9e Appel du P. Ly à tous les compatriotes du Viêt-Nam et de l'étranger. "Le parti communiste n'est plus capable de diriger le pays, unissons-nous, la victoire est devant nous".

27.02.2001 : le P. Ly est mis en résidence surveillée pour deux ans sans jugement avec interdiction de quitter son presbytère, par décision du Comité Populaire de Hué No. 401/QDUB. Il est ainsi sous le coup du fameux décret 31/CP signé par Vo Van Kiet avant qu'il ne se retire du poste de premier ministre. Ce décret permet aux autorités locales d'assigner à résidence les citoyens qu'elles jugent dangereux pour le régime et ceci sans avoir besoin de décision judiciaire.

Nous assistons donc à la première phase de "l'affaire Nguyên Van Ly". Le P. Ly s'est montré très déterminé. En essayant de l'isoler, les autorités communistes espèrent le neutraliser. Les temps ont changé, l'internet devient un instrument redoutable. Le P. Ly n'est pas seul et ne se sent pas seul. Remarquons que le groupe le plus actif, celui qui diffuse dans le monde entier les idées du P. Ly et le soutient avec efficacité est le Réseau de la jeunesse vietnamienne en Route d'Australie. Surprenante et encourageante jeunesse.

T. D. T.