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VIET NAM infos numéro 9 - 15 novembre 2001

L'Union Catholique Internationale de la Presse sous le soleil de Satan

Lettre ouverte du P. Chân Tín
pour protester contre le prix Médaille d'or accordé par l'Union Catholique Internationale de la Presse (UCIP) au journal
'Công giao và Dân tôc'

Lettre ouverte du P. Chân Tín

Saigon, le 12 octobre 2001

A Monsieur le président
de l'Union Catholique Internationale de la Presse (UCIP)
CP 197, 37-39 rue de Vermont
1211 Genève 20, Suisse

J'ai appris par le quotidien Saigon Giai phong du 2.10.2001 que votre organisation, dont le journal Công giao và Dân tôc (CG&DT) est membre depuis 1989, vient de lui décerner, lors de son congrès tenu à Fribourg du 17 au 23 septembre 2001, la Médaille d'or. A cette occasion, le P. Huynh Công Minh, un ancien dirigeant du Comité d'Union des Catholiques vietnamiens et du journal CG&DT, "s'est félicité de l'existence et du développement du journal dans le pays ainsi que du rôle qu'il a joué dans la mobilisation des fidèles pour la construction du pays en vue de faire 'vivre en harmonie le sacré et le profane' ('tot dao dep doi'). Il a aussi fait ressortir d'une part le soutien actif apporté au journal par les autorités de Hochiminh-Ville, et d'autre part le statut dont le journal jouit aujourd'hui qui lui permet d'exercer son activité sur un pied d'égalité au milieu d'autres médias du pays sous la direction du Parti Communiste vietnamien".

Les Vietnamiens, tant dans le pays que dans la diaspora, s'étonnent qu'une telle distinction ait pu être décernée au journal CG&DT, car ce journal qui n'a de catholique que de nom, est en fait un organe de propagande que le Parti communiste a introduit en milieu chrétien. Pour aider l'UCIP à saisir la vraie nature du journal, je me permettrai de faire ressortir quelques traits caractéristiques connus de tous les Vietnamiens.

Công giao và Dân tôc est le journal du Comité d'Union des Catholiques de Hochiminh-Ville. Le Comité d'Union est un organe créé par le Front patriotique en vue de la mobilisation des catholiques pour mener à bien les directives du Parti. Quant au Front patriotique, c'est une structure établie pour mettre en oeuvre les lignes politiques du Parti vis-à-vis des différentes composantes de la nation en dehors du Parti tels que les intellectuels, les bouddhistes, les catholiques etc. S'agissant de ces derniers, sachant qu'il était illusoire de songer à créer une 'Eglise patriotique autonome' comme celle qui existe en Chine, le Parti communiste vietnamien a cherché à noyauter et à saper l'Eglise du Vietnam de l'intérieur. Dès qu'il eut pris possession du Sud-Vietnam, le Parti a affecté quatre 'prêtres nationalisés' à cette tâche : le P. Huynh Công Minh, cerveau du groupe, est devenu l'un des quatre conseillers de l'archevêché de Saigon de 1975 à 1989. En 1992 Mgr Nguyên Van Binh fut contraint de le nommer Vicaire général, poste qu'il occupe encore aujourd'hui. Les faits et gestes du P. HC Minh sur le plan politique sont bien connus de tous. Dès ses débuts sur la scène politique, après avoir été choisi par le Parti comme député, lors de la première session plénière de l'Assemblée nationale du 7 juillet 1976, le P. Minh fit cette déclaration solennelle qui est restée dans toutes le mémoires :

"Permettez-moi d'exprimer les sentiments d'un prêtre catholique à propos du rapport politique historique intitulé 'Tout le Peuple s'unit pour bâtir la Patrie du Vietnam réunifié et socialiste'. Le rapport politique renforce ma conviction que le modèle de l'homme nouveau, de la société nouvelle, objets de l'aspiration de chacun, que tout homme qui croit en Jésus-Christ appelle depuis toujours de ses vœux, cet homme nouveau, cette société nouvelle n'aurait pu exister si le Parti des Travailleurs du Vietnam, avant-garde de la classe ouvrière n'avait été là pour les diriger et les organiser. Pour ma part, je fais le serment de servir (cet idéal) toute ma vie." (cité par Agence d'information Vietnam 7.7.1976)

Armés d'une telle profession de foi dans le Parti, les dirigeants du Comité d'Union des Catholiques ne pouvaient qu'emporter l'adhésion du journal Công giao và Dân tôc. Le P. Vuong Dinh Bich, l'un des quatre piliers du Comité, ne manquera pas d'enfoncer le clou à l'occasion : "Le Parti a créé de toute pièce (gây dung) notre groupe des quatre pour faire de nous des têtes pensantes pour toute action du Parti en milieu chrétien : le P. Huynh Công Minh, Vicaire général à l'archevêché de Saigon, le P. Truong Ba Cân, Directeur du journal CG&DT, le P. Phan Khac Tu, Secrétaire général du Comité d'Union, et moi-même, P. Vuong Dinh Bich, ancien Directeur du journal CG&DT."

Ces personnalités servent de porte-voix au Parti communiste. Exécutant les ordres du Parti, elles interviennent dans les activités religieuses et dans la vie quotidienne de l'archidiocèse de Saigon. Naguère les autorités politiques les considéraient même au-dessus de l'archevêque Binh ! En dehors de l'autre journal catholique Nguoi Cong giao Viet Nam dans le Nord, CG&DT est le seul média autorisé pour une communauté de 7 millions de chrétiens. Sans contestation ni concurrence (depuis longtemps, le projet de l'épiscopat de faire paraître un bulletin d'information religieuse s'est toujours heurté au veto du pouvoir !), les promoteurs de CG&DT font la pluie et le beau temps sur le terrain des médias qu'ils monopolisent. En outre, il est de notoriété publique que le Comité d'Union et le journal CG&DT se livrent régulièrement et sans vergogne à des manoeuvres de sape contre l'Eglise :

· Dès le lendemain de la victoire communiste de 1975, ils ont fait expulser le nonce apostolique Mgr Lemaître.
· En 1978 ils ont fait chorus avec les autorités pour pénétrer de force dans cinq couvents de Thu Duc, en chasser des religieux et en arrêter d'autres afin de confisquer leurs biens et leurs propriétés.
· En 1988, obéissant aux ordres du Parti communiste, ils se sont opposés à la Canonisation des 117 Bienheureux martyrs du Vietnam. Ils ont organisé de nombreuses séances de discussion, écrit de nombreux articles dans leur journal pour dénigrer la Canonisation.
· En 1993 ils se sont rendus complices de l'Etat en s'opposant à la nomination par le Saint-Siège de Mgr Nicolas Huynh Van Nghi, évêque de Phan Thiêt, au poste d'administrateur apostolique pour remplacer Mgr Binh alors très malade.
· Plus près de nous, au printemps 2001, ils n'ont pas hésité à calomnier et à salir la lutte du P. Nguyên Van Ly et de ses amis en faveur de la liberté religieuse et de la démocratisation au Vietnam...

Ce ne sont là que quelques faits saillants parmi les activités des quatre dirigeants du Comité d'Union et du journal CG&DT. Plus grave est leur intervention dans la vie quotidienne des évêques, des prêtres et des fidèles de l'archidiocèse de Saigon au cours des 26 dernières années qui risque de compromettre la vie de la foi et la fidélité au Saint-Siège. Le slogan 'faire vivre en harmonie le sacré et le profane' qu'ils ne cessent d'ânonner n'est qu'un leurre destiné à prévenir toute opposition chez les catholiques contre les erreurs et mensonges du régime vis-à-vis de la nation et des chrétiens.

Monsieur le Président,

En ma qualité de prêtre engagé dans la lutte pour la liberté religieuse et les droits de l'homme au Vietnam, j'élève une protestation véhémente contre l'octroi de la Médaille d'or de l'UCIP au journal Công giao và Dân tôc ! Dans un pays où les droits fondamentaux et les libertés individuelles sont quotidiennement bafoués depuis la prise de pouvoir par le Parti communiste, en particulier la liberté de parole et la liberté de presse que votre organisation a pour mission de promouvoir et de protéger, je considère cette récompense comme une grave erreur, due au manque d'information adéquate sur le rôle que jouent le journal CG&DT et le Comité d'Union des Catholiques dans le contexte politique et l'environnement démagogique créé par le Parti communiste vietnamien. C'est également un outrage, une blessure infligée à l'honneur de la communauté catholique vietnamienne toute entière, et spécialement de ceux qui ont payé, et qui payent encore, par la prison, l'assignation à résidence, le silence forcé, pour leur lutte pour les libertés de parole, de presse et de religion au Vietnam... Au nom de tous ceux-ci, je demande instamment à l'UCIP de reconsidérer sa décision que j'attribue à un manque d'information ou à une information unilatérale, afin de ré-attribuer sa distinction à un organe d'information plus digne et plus en harmonie avec l'idéal et les critères de votre organisation. J'ose croire qu'alors le Prix Média internationaux 2001 de l'UCIP revêtira son sens véritable.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute considération.

Stéphane Chân Tín

38 Ky Dong, Q3, Saigon, Vietnam

(traduction Tan Duc)