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Archives - économie/politique

VIET NAM infos numéro 11 - 15 mars 2002

 

Virage ?


Le PCV a enfin décidé d'autoriser ses membres à devenir des capitalistes. M. Phan Van Khai, premier ministre, a déclaré le 13 mars que les membres du Parti doivent être des "modèles de l'enrichissement", que "l'orientation socialiste est toujours préservée, puisque le peuple peut s'enrichir", que "la justice sociale est un problème qui ne peut être résolu qu' à long terme", que "la richesse des capitalistes de Ho-Chi-Minh-Ville pourrait aider les peuples des Hauts-Plateaux à sortir de la misère". Surprenant. Rappelons qu'au IXe Congrès au mois d'avril dernier, le PCV a affirmé que les membres du Parti ne pouvaient pas s'investir dans le secteur d'économie privée, mais il y a à peine un mois, Nông Duc Manh, Premier Secrétaire, a demandé au Comité central de réfléchir à la question. Puis, les choses s'accélèrent et surprennent la plupart des observateurs. En fait, si l'on considère les chiffres, depuis deux ans, plus de 35 000 sociétés privées ont été créées, que presque la moitié des produits importants vient du domaine privé, que le secteur privé emploie 77% de la main-d'œuvre, que la plupart des sociétés sont contrôlées par les membres des familles des camarades du Parti, alors, faire semblant d'ignorer la réalité, obliger ses membres à s'enrichir en cachette, serait de la pire et inefficace stupidité.

Cette nouvelle décision du Comité central du PCV est une tentative pour sortir le Parti d'une situation anarchique qui dégénère de jour en jour. La situation des membres du Parti qui possèdent déjà de fait des entreprises (au nom de leurs femme, cousins et autres) sera légalisée (Nguyên Tân Dung, vice-premier ministre : "les membres du Parti se lançant dans le secteur privé sont tout de même toujours considérés comme des membres" - quotidien Tuôi Tre (Jeunesse), 16 mars 2002), et on espère, dans les hautes sphères du Parti, que cette officialisation va supprimer un certain nombre de corruptions, le véritable fléau qui freine la marche économique du pays. Enfin, c'est une probable ouverture vers une privatisation en règle des terres. Le mécontentement des paysans, avec la révolte des Montagnards, sont les deux problèmes que le PCV doit régler d'urgence

Pourquoi pas nous ?

Selon Bruce Blakeman, adjoint du vice-ministre du Commerce américain, dans une interview donnée au journal Tuôi Tre (Jeunesse) de Ho-Chi-Minh-Ville (12-03-02), les industriels amé-ricains préfèrent investir en Chine malgré la corruption qui y sévit. 

Les 8, 11, et 12 mars derniers, 250 petites et moyennes entreprises américaines appar-tenant à 9 Etats ont organisé des expositions à Ha-Nôi et à Hô-Chi- Minh-Ville dans le but de vendre leurs produits aux Vietnamiens. Ils ne se pressent pas pour investir comme on pouvait supposer après la signature du fameux accord commercial bilatéral du mois de juillet 2001. Les facteurs qui entrent en jeu dans une décision d'investissement sont : prix de location des terrains, prix et qualité de la main-d'œuvre, moyens de communication, taxes diverses, lois officieuses et habitudes locales…Il semble qu'avec ses 80 millions d' habitants et sa "stabilité politique", le Viêt-Nam n'a pas pu régler tous ses problèmes pour se rendre plus attrayant.

Pourquoi la Chine attire-t-elle les investisseurs et pas le Viêt-Nam? L'importante délégation vietna-mienne, avec à sa tête, Nguyên Tân Dung, n'a pas su convaincre les industriels et financiers américains lors de son voyage aux Etats-Unis il y a quelques mois. 

L'année dernière, 462 projets d'investissements étrangers de petite envergure ont été acceptés avec seulement 3 milliards de dollars. Cette année l'estimation tourne aussi autour de 3 milliards de dollars. Selon l'organisme PERC dont le siège est à Hong Kong et dont la fonction est d'étudier les risques et les avantages pour les investissements selon chaque pays de la région, le Viêt-Nam est considéré comme un pays stable politiquement, mais il est classé parmi les pays les plus corrompus (avec l'Indonésie et la Malaisie, les moins corrompus étant Singapour, Japon et Hong Kong).

Un rapport accusateur

La situation des droits de l'Homme au Viêt-Nam s'est détériorée au cours de l'année 2001, selon le rapport annuel du département d'Etat américain. Le rapport accuse les autorités communistes vietnamiennes de multiplier les répressions religieuses et politiques, les arrestations arbitraires, les violences envers des suspects, des détenus. Le rapport précise que le Viêt-Nam détient encore de nombreux prisonniers politiques et que plusieurs personnes auraient été tuées par les forces armées dans les régions des Hauts-Plateaux du Centre Viêt-Nam lors des manifestations des membres des minorités ethniques en mars 2001. Protestation vietnamienne.

Héros et héroïne

16 mars 2002. Au moment où George W. Bush menace de bombarder l'Irak, le Viêt-Nam envoie la vice-présidente Mme Nguyên Thi Binh soutenir moralement Saddam Hussein qui a profité de la présence de "l'héroïne" de la guerre du Viêt-Nam pour déclarer :"Avec l'accroissement du nombre de ses ennemis, l'Amérique sera défaite. Peut-être ne pourrons- nous pas empêcher l'agression, mais nous pourrons, avec la volonté de Dieu, résister à cette agression (…) L'Amérique a été vaincue par le peuple vietnamien pauvre. La volonté du peuple vietnamien l'a emporté sur l'Amérique. Nous sommes entièrement confiants que la volonté du peuple palestinien l'emportera". L'Irak et le Viêt-Nam ont signé un accord de coopération économique destiné à "accroître les échanges commerciaux et la coopération en matière de projets mixtes". Dans le cadre de "pétrole contre nourriture", l'Irak a augmenté le montant de ses importations du Viêt-Nam à 600 millions de dollars par an. 

Sweet Cam Ranh

Personne n'osait imaginer que les Américains pourraient se proposer de remplacer les Russes à la base de Cam Ranh, base navale de première importance construite par les Américains au Sud Viêt-Nam. En effet, l'armée navale russe devrait se retirer en 2004 de cette base qui lui aurait permis de surveiller sa flotte nucléaire pendant 25 ans. Raymond Burghart, ambassadeur et américain, ne cache pas l'intention de son gouvernement de faire revenir ses navires dans cette base où ils étaient chassés plus d' un quart de siècle plus tôt. M. Burghart s'étonne le 15 mars : "Il me semble que ce que les Vietnamiens veulent faire de cette base n'est pas encore très clair". Surprise, Pham Van Trà, ministre de la défense, déclare à Reuters le même jour :" Nous n'allons pas utiliser la base Cam Ranh pour une collaboration militaire, nous n'allons pas louer cette base à un pays étranger pour une utilisation militaire". Bravo, attendons la suite. Depuis la chute de l'Union soviétique, la Russie a retiré tous ses navires de guerre, et probablement, elle quittera Cam Ranh définitivement en mai 2002, faute de moyens.
Un incident parlant

Le Haut Commissariat aux Réfugiés HCR avait annoncé samedi 23 mars à Genève qu'il se retirerait de l'accord tripartite de rapatriement volontaire des Montagnards du Viêt-Nam réfugiés au Cambodge et accusé Ha-Nôi et Phnom-Penh de l'avoir violé.

Un grave incident est survenu jeudi 21 mars dans le camp de réfugiés de Mondolkiri, au Cambodge. Un groupe de 400 Vietnamiens, transportés par une douzaine de bus ont pénétré à l'intérieur du camp, menacé et maltraité les réfugiés et le personnel du HCR qui tentait de les protéger. Par pur hasard, les responsables cambodgiens habi-tuellement présents dans le camp, ont par miracle disparu. 

Dans une lettre adressée aux ministères des Affaires étrangères des deux pays, le Haut Commissaire R. Lubbers s'est déclaré extrêmement préoccupé par l'incident. "Considérant que le HCR ne peut plus prendre part à une opération qui ne se conforme plus à son mandat et au principe de rapatriement volontaire, j'ai le regret de vous informer que le HCR n'a d'autre choix que de se dissocier de l'accord de rapatriement". M. Lubbers précise que "les Montagnards ont été soumis à des pressions inacceptables et sans précédent pour tenter de les rapatrier" et que le personnel du HCR "a été maltraité". "Un enfant a été arraché à ses parents et embarqué de force dans un bus, avant de pouvoir être repris et remis à ses parents affolés".

Dans un communiqué, Mme Phan Thuy Thanh, porte-parole du ministère des Affaires étrangères vietnamiennes, indiquait "que le HCR a signé cet accord et ne peut pas abandonner son engagement. Le Viêt-Nam respecte toujours l'accord tripartite signé par le Viêt-Nam, le Cambodge et le HCR et regrette que le HCR n'ait pas sérieusement réalisé cet accord en organisant le retour des réfugiés des minorités ethniques au Viêt-Nam"

En ce qui concerne le grave incident du camp Mondolkiri, les responsables vietnamiens comme cambodgiens disent à qui veulent les croire que ce sont les membres des familles des réfugiés qui viennent leur rendre une visite surprise. "Normes trop occidentales", le HCR ?

Rappel : Le Haut Commissariat aux Réfugiés HCR avait signé en janvier un accord avec les gouvernements cambodgien et vietnamien en faveur d'un programme de rapatriement des Montagnards vietnamiens réfugiés au Cambodge (lire notre dossier dans Viêt-Nam infos n.10, janvier 2002). Ce programme de rapatriement n'a pu être appliqué qu'à 15 réfugiés. En février le HCR avait décidé d'interrompre provisoirement les retours en raison du refus du gouvernement vietnamien de laisser le HCR rendre visite aux réfugiés dans les villages après leur retour. 104 Montagnards ont repassé la frontière (volontairement?). Rappelons qu'un millier de réfugiés avaient fui au début de l'année dernière la répression violente qui avait suivi le mouvement de protestation dans les Hauts-Plateaux.
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Actualité
communiqué de Reporters sans Frontières


Dissidents arrêtés pour avoir diffusé des documents sur Internet

Dans une lettre adressée au ministre vietnamien de la Sécurité publique, le lieutenant général Le Minh Huong, Reporters sans frontières (RSF) a demandé la libération de Le Chi Quang et Tran Khue, deux dissidents vietnamiens récemment arrêtés par la police pour avoir diffusé sur Internet des documents critiques à l'encontre du gouvernement. RSF s'est inquiétée de la répression exercée à l'encontre des dissidents qui utilisent Internet pour informer ou s'informer sur la situation politique dans le pays, et notamment sur les relations entre le Viêt-nam et la Chine. "Au moment même où va s'ouvrir la Commission des droits de l'homme des Nations Unies à Genève, cette nouvelle vague de répression démontre à quel point le Viêt-nam reste un ennemi de la liberté d'expression", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation.

Selon les informations recueillies par RSF, Le Chi Quang, un professeur d'informatique également diplômé de la Faculté de droit, a été arrêté, le 21 février 2002, dans un café Internet de Hanoi. Il a été inculpé d'avoir diffusé à l'étranger des informations dangereuses. Les policiers ont saisi du matériel informatique et des documents à son domicile. Le Chi Quang, âgé de 31 ans, a ensuite été placé en détention dans le camp B14 de la province de Ha Dong (nord du pays). Son arrestation fait suite à la diffusion sur Internet d'un texte intitulé "Vigilance envers l'Empire du Nord". Dans ce document très détaillé, le dissident revenait sur les conditions dans lesquelles les autorités vietnamiennes ont signé des accords frontaliers avec le gouvernement de Pékin. Le texte a été très largement diffusé au sein de la communauté vietnamienne à l'étranger.

Le 8 mars 2002, la police de Hô Chi Minh-Ville a perquisitionné le domicile de Tran Khue, professeur de littérature et fondateur d'une association de lutte contre la corruption. Les policiers ont saisi un ordinateur, une imprimante, un appareil photo, des téléphones portables et des documents appartenant au dissident. Le 10 mars, ce dernier a été placé en résidence surveillée en vertu de la directive administrative 31/ CP. Cette décision fait suite à la diffusion sur Internet d'une lettre de Tran Khue adressée au président chinois Jiang Zemin, à la veille d'une visite officielle au Viêt-nam.
Le dissident demandait au chef d'Etat de revoir certaines clauses des accords sino-vietnamiens. En août 2001, Tran Khue avait déjà été interpellé par la police et reconduit à son domicile alors qu'il enquêtait sur la situation dans les zones frontalières avec la Chine.

Reporters sans frontières rappelle que deux autres dissidents. Ha Sy Phu et Bui Minh Quoc, sont également en détention surveillée dans la ville de Dalat (sud du pays).

Dans un rapport intitulé "Les ennemis d'Internet", publié en février 2001, RSF constatait : "Les questions de politique ou de religion sont taboues sur le Réseau. Près de deux mille sites politiquement ou moralement " dangereux" sont filtrés "manuellement " par la Vietnam Data Corporation (VDC qui dépend de l'administration des Postes et Télécommunications). Des proches des dirigeants du comité central du Parti communiste sont à la tête de tous les fournisseurs d'accès du pays. Ainsi, le directeur de la Financing and Promoting Technology (FPT), Truong Gia Binh, est le gendre du général Giap, héros de la guerre d'indépendance. Un investisseur issu de la diaspora vietnamienne a récemment été écarté du secteur Internet, domaine réservé de la nomenklatura."

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