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Archives - économie/politique

VIET NAM infos numéro 12 - 15 mai 2002

Fiche technique
Sources AFP 


REGIME
· Communiste, monopole du Parti communiste vietnamien (PCV), dirigé par Nong Duc Manh à la tête d'un Bureau politique de 15 membres. 
GEOGRAPHIE
· Superficie : 331.041 km2
· 3.260 km de littoral, près de 4.000 km de frontières (Chine, Laos, Cambodge)
· Capitale : Hanoï (2,7 millions d'habitants)
· Principales villes : Ho Chi Minh-Ville (sud, ex-Saïgon, 5,5 millions d'habitants), Haïphong (nord), Danang et Hué (centre).
· Climat : tropical. 
DEMOGRAPHIE ET SOCIETE
· Population : 78 millions d'habitants. 80% de ruraux et 20% de citadins.
· Densité: 231 habitants/km2
· Accroissement démogra-phique : + 2,3% par an 
· Population active : 35 millions de personnes, dont 70% dans l'agriculture.
· Taux de chômage : 6?7% de la population active (officiel), 20% selon des estimations occidentales.
· Nutrition : 2.250 calories/habitant/jour
· Pauvreté : 30 % de la population sous le seuil de pauvreté (ONU).
· Sida : 46.045 séropositifs fin avril 2002. 3.673 morts (officiel). 
RELIGION
· Bouddhistes (70 %), catholiques (10%). 
AGRICULTURE
· 2e exportateur mondial de riz (3, 5 millions de tonnes en 2001).
· 2e exportateur mondial de poivre (56.100 tonnes en 2001).
· 2e exportateur mondial de café (910.000 tonnes en 2001). 
INDICATEURS ECONOMIQUES
· Croissance : + 6, 75 % en 2000.
· PIB/tête : 400 USD/an.
· Déficit budgétaire : 10% du PIB (estimations occidentales).
· Inflation : 0, 8% en 2001.
· Taux de change : 1 US dollar = 15.200 dongs.
· Réserves : environ 2 milliards de dollars.
· Balance commerciale : déficit de 900 millions de dollars en 2001.
· Investissements étrangers ayant obtenu des licences : 38,1 milliards de dollars (dont environ 30% effectivement réalisés).
· Palmarès des investisseurs en avril 2002 :
1. Singapour (6,8 milliards de dollars).
2. Taïwan (5,2 milliards de dollars).
3. Japon (4,0 milliards de dollars).
4. Corée du sud (3,3 milliards de dollars).
5.Hong Kong (2, 8 milliards) 



Elections démocratiques à orientation socialiste

Pour les élections des députés, unique scrutin national du Viêt-Nam, 49 millions de Vietnamiens étaient appelés à choisir 498 députés parmi 759 candidats.
Selon la télévision officielle, le taux de participation des électeurs a dépassé 98 % à Ha Nôi (plus de 2 millions d'électeurs inscrits) et atteint 97 % à Hô-Chi-Minh-Ville (3,7 millions d'électeurs inscrits). L'issue du scrutin ne fait aucun doute puisque tous les candidats ont été choisis par le Front de la Patrie (Mat Trân Tô Quôc)

Première raffinerie
Un consortium, comprenant les sociétés japonaise JGC Corp et espagnole Technicas Reunidas, et dirigé par une société française, Technip-Coflexip, a remporté un contrat de 700 à 800 millions de dollars pour la construction de la première raffinerie de pétrole au Viêt-Nam. Le contrat va de la conception à la construction en passant par la fourniture de matériaux pour la raffinerie.

Ce projet, d'un coût total de 1,3 milliard de dollars permettrait au Viêt-Nam d'éviter des dépenses extrêmement coûteuses pour des produits raffinés.

En 1995, le groupe Total s'était retiré du projet, contestant la localisation des installations à Dung Quat, dans le Centre Viêt-Nam, loin des champs pétroliers du Sud et des principaux centres de consommation de Ha Nôi et de Ho-Chi-Minh-Ville.

Message du Patriarche
le Vénérable Thich Huyên Quang, de sa résidence sous surveillance à Quang Ngai, pour le 2546e anniversaire de Bouddha (26 mai 2002) a lancé un appel aux bouddhistes :"Le bouddhiste vietna-mien ne doit pas laisser le fondement du Bouddhisme disparaître sur sa terre, ne doit pas ne penser qu' à exécuter les rites religieux au service des idées d' une époque, car la religion bouddhique a un caractère universel, il doit répondre essentiellement au souhait du Bouddha : sauver le peuple, sauver le pays, sauver l'humanité et tous les êtres vivants.

Le 3 mai 2002, à la veille de l'ouverture du Festival des arts de Huê, un responsable de la famille bouddhiste, M. Nguyên Ty, 40 ans, s'est immolé par le feu au pied du pont Nguyên Hoang. Ce fut le troisième bouddhiste à choisir le sacrifice ultime pour protester contre l'oppression religieuse au Viêt-Nam.

Scandale Nam Cam
Le scandale Nam Cam atteint son sommet actuellement. Truong Van Cam, dit Nam Cam, est chef d'un réseau de corruption et de gangstérisme de grande envergure dont les ramifications atteignent les plus hautes fonctions de la police et de l'Etat. Plus de 100 personnes ont été arrêtées à ce jour, dont bon nombre parmi les policiers de Ha Nôi et de Hô-Chi-Minh-Ville.

Trân Mai Hanh, membre du Comité central du PCV, directeur général de la radio La Voix du Viêt-Nam, vice-président et secrétaire général de l'Association des journalistes, et trempé jusqu'au cou dans le scandale Nam Cam, a été expulsé de la liste des candidats aux "législatives" (à Bac Liêu, dans le Sud) quatre jours avant les élections.

Vo Van Kiêt, ancien premier ministre et ancien conseiller du Bureau politique, est touché par l'enquête. Comme Phan Van Khai, actuel premier ministre, est un proche de Kiêt, il doit s'attendre à quelques éclaboussures. De même pour Pham Thê Duyêt, président du Front de la Patrie, qui a couvert Trân Mai Hanh jusqu'à la dernière minute.

Ce qui est encore plus choquant, c'est bien sous le règne de Nông Duc Manh, au 21e siècle, que des personnalités de l'opposition Nguyên Dan Quê, Hoang Minh Chinh…sont montrées du doigt. Des membres de la Sécurité déguisés en simples citoyens les insultent et les dénoncent publiquement. Cela nous rappelle des exactions tristement célèbres, les réformes agraires meurtrières des années cinquante. Au début de 2002, Phan Khac Hai, vice-ministre de la Culture et de la Communication, a signé un décret ordonnant la destruction des œuvres majeures des personnalités dissidentes, Nguyên Thanh Giang (Réflexions et Espérances), Trân Khuê (Dialogues 2000-dialogues 2001), Trân Dô (Journal dragon serpent) etc. Le 6 janvier, les forces de Sécurité de Hô Chi Minh-Ville ont brûlé 7,6 de tonnes de livres 

 

 Actualité

Le Viêt-Nam, un an sous Nông Duc Manh

Nguyên Ngoc Duc


Fin avril 2001, Nông Duc Manh remplaçait à la surprise générale Lê Kha Phiêu au poste suprême de secrétaire général du Parti communiste vietnamien. Un bon nombre d'observateurs y voyaient des signes positifs dans cette prise de pouvoir. On était en droit d'attendre des changements spectaculaires dans l'orientation politique des maîtres de Ha-Nôi. Mais après un an de règne, M. Nông Duc Manh n'a aucunement redressé la situation du pays, et il a montré qu'il était encore plus conservateur, plus dogmatique que ses prédécesseurs.

Revenons un an en arrière. Dans une lettre datée du 1er mars 2001, Nguyên Duc Tâm, ancien membre du Bureau politique, dévoilait au grand jour le désir des trois conseillers suprêmes Dô Muoi, Lê Duc Anh, Vo Van Kiêt, de mettre fin aux fonctions de secrétaire général du Parti de Lê Kha Phiêu. Reproches : incapacité, faute grave (?). Des "secrets" du Parti sont sujets d'indiscrétions. Des critiques fusent au sommet du Parti. La situation à l'intérieur du Parti est plus confuse que jamais. Le 17 avril 2001, premier jour du IXe Congrès, Lê Kha Phiêu fut évincé ; fautes graves : avoir créé la cellule A10 dont l'objectif est d'espionner les membres du Comité central, s'être soumis à la Chine, avoir toléré et laissé se développer la corruption etc. Bien que l'éviction de Lê Kha Phiêu vienne des trois conseillers Muoi, Anh et Kiêt, Nông Duc Manh aurait exigé la suppression de ces trois postes de "conseillers" avant de prendre la fonction de Secrétaire général du Parti. Il y avait de fortes chances pour que la nomination de Nông Duc Manh soit due au fait que cette nomination, assez "neutre" est acceptable par tous les clans du Comité central. Après un an de règne de M. Nông Duc Manh, les résultats ne brillent pas vraiment. Le consensus fragile à l'intérieur de l'appareil du Parti pourrait disparaître du jour au lendemain.

Premier point : l'opposition en inflation.

La révolte des Montagnards qui avait commencé en février 2001 a continué jusqu'à maintenant. La situation ne s'est pas du tout améliorée. Remarquons que cette révolte a deux causes : les Montagnards demandent à récupérer des terres leur appartenant et à avoir la liberté des cultes. Selon un pasteur protestant montagnard, Y-Lei Buon Krong, la répression des autorités communistes vietnamiennes fut extrêmement brutale. Ce pasteur a dû se réfugier au Cambodge avec sa femme et ses quatre enfants en août 2001 après avoir été plusieurs fois emprisonné. Jusqu'à maintenant, les accords avec le Haut Commissariat aux Réfugiés ont été dénoncés par cet organisme humanitaire de l'ONU car Ha-Nôi n'a jamais respecté ces accords. Surtout celui d'autoriser la visite des délégués du HCR dans les camps regroupant les Montagnards après leur retour.

La situation dans les villages est toujours cause d'inquiétude pour les dirigeants communistes. En novembre et décembre 2001, les manifestations paysannes à Ha Nôi commencent à attirer l'attention des journalistes étrangers car elles changent de formules et de ton. Un groupe de quelques dizaines de paysans entourent la demeure de Nông Duc Manh et lui demandent de les recevoir. Des noms de personnalités de leur région coupables de corruption sont cités. Tous les procédés utilisés par le pouvoir central pour amadouer les mécontents sont vains.

La révolte des croyants devient de plus en plus forte. Après l'immolation de Mme Nguyên Thi Thu, adepte bouddhiste Hoa Hao, M. Hô Tân Anh, bouddhiste, s'est immolé à Da Nang le 2 septembre 2001, jour de fête nationale communiste. A ces flammes de lutte pour la liberté religieuse, avec celles des catholiques des villages désormais bien connus An Truyên et Nguyet Biêu, aux noms déjà célèbres au Viêt-Nam pour leur leadership dans la lutte pour la liberté religieuse : Vénérable Huyên Quang, Vénérable Quang Dô, R.P Ly, R.P. Loi, se sont ajoutés les noms de Nguyên Van Minh à Ha Nôi, Nguyên Chinh Kê à Hô Chi Minh-Ville, Vo Thanh Liêm à An Giang.

Mais pendant l'année de règne de Nông Duc Manh, l'événement le plus marquant, le plus important est le mécontentement d'un très grand nombre d'opposants ou non concernant la signature des traités des frontières terrestres et maritimes avec la Chine. Des membres du Parti ont osé qualifier les dirigeants de "traîtres". Un mouvement unitaire contre ces traités déclenchera des luttes à l'intérieur du Parti comme lors de l'éviction de l'ancien secrétaire général Lê Kha Phiêu. 

Deuxième constat : l'oppression devient plus brutale.

Une semaine à peine après l'investiture de Nông Duc Manh, le vieux dissident Vu Cao Quân est arrêté. Un mois après, ce sera le tour du Père Nguyên Van Ly, puis vient la mise en résidence surveillée du Vénérable Quang Dô, de M. Lê Quang Liêm et des adeptes du Bouddhisme Hoa Hao. Le 5 septembre 2001, les forces de sécurité de Ha Nôi ont arrêté une vingtaine de personnalités dissidentes, Pham Quê Duong, Nguyen Thanh Giang, Hoang Minh Chinh…Bien que ces personnes aient été vite relâchées, ce fait a secoué l'opinion à Ha Nôi.

Ce qui est encore plus choquant, c'est bien sous le règne de Nông Duc Manh, au 21e siècle, que des personnalités de l'opposition Nguyên Dan Quê, Hoang Minh Chinh…sont montrées du doigt. Des membres de la Sécurité déguisés en simples citoyens les insultent et les dénoncent publiquement. Cela nous rappelle des exactions tristement célèbres, les réformes agraires meurtrières des années cinquante. Au début de 2002, Phan Khac Hai, vice-ministre de la Culture et de la Communication, a signé un décret ordonnant la destruction des œuvres majeures des personnalités dissidentes, Nguyên Thanh Giang (Réflexions et Espérances), Trân Khuê (Dialogues 2000-dialogues 2001), Trân Dô (Journal dragon serpent) etc. Le 6 janvier, les forces de Sécurité de Hô Chi Minh-Ville a brûlé 7,6 de tonnes de livres (information donnée par ABC News). D'après les autorités communistes avec Nông Duc Manh à leur tête, brûler des livres est un acte ordinaire, quotidien, mais d'après l'opinion du monde libre, c'est un crime barbare commis par ceux qui ne veulent pas vivre avec les valeurs universelles du 21e siècle.

Récemment, les défenseurs des Droits de l'Homme dénoncent l'arrestation de MM. Lê Chi Quang, Pham Hông Son et Nguyên Khac Toàn, des utilisateurs de l'Internet au profit de la démocratie. On peut dire que M. Nông Duc Manh préfère voir le Viêt-Nam retourner à l'époque anti-Occident, des pires années de notre histoire du 19e siècle, sans aucune communication avec l'extérieur. 

Troisième constat : La corruption progresse à grande vitesse.


"Il faut réellement lutter contre la corruption" a déclaré Nông Duc Manh. Personne dans la population ne comprend vraiment ce qu'a voulu dire le chef suprême. Pham Thê Duyêt qui est critiqué de partout comme quelqu'un de très corrompu continue à être désigné comme candidat (donc prochainement élu) à l'Assemblée nationale. Le 6 mai dernier, M. Vu Minh Ngoc a écrit une lettre aux dirigeants du Parti, exprimant sa révolte contre cette nomination.

En conclusion, il n'y a rien qui puisse prouver "le tempérament modéré, l'esprit ouvert au progrès" qu'on prêtait à Nông Duc Manh. Depuis un an, ce secrétaire général du Parti n'a pris aucune décision dans ce sens. On a même l'impression qu'il est encore plus conservateur, plus dogmatique que ses prédécesseurs. Les répressions brutales actuelles démontrent la situation sans issue du Parti communiste du Viêt-Nam. Les réactions des autorités communistes vietnamiennes sont celles des dirigeants qui sont à la fin de leur parcours. Les répressions pourraient augmenter dans leur atrocité, mais la réaction du peuple serait à sa juste mesure. Dernier épisode de la lutte pour la démocratie et contre la dictature? 

Nguyên Ngoc Duc