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Archives - économie/politique

VIET NAM infos numéro 3 - 15 novembre 2000

Lors du dernier voyage en Chine, fin septembre, de Phan Van Khai, premier ministre vietnamien, la Chine s’est engagée à accorder 300 millions de dollars de crédits au Viêt-Nam. Quatre projets industriels vont être mis en œuvre : construction de la centrale thermoélectrique Cao Ngan dans la ville de Thai Nguyên (Nord), de la centrale hydroélectrique de Rao Quan dans la région de Quang Tri (Centre), d’une usine de production de cuivre à Lao Cai (Nord), d’une fabrique de textiles à Da Nang (Centre). Ces crédits, au taux moyen de 4,5%, seront remboursables sur 15 ans. Notons que les échanges commerciaux entre la Chine et le Viêt-Nam ont atteint 1,5 milliard de dollars en 1999.

A une récente rencontre au Brunei des ministres des transports de l’ASEAN. le projet de construction d’une ligne de chemin de fer trans-Asie de 5.500 km proposé par la Malaisie a été accepté à l’unanimité. Cette ligne de chemin de fer, d’un coût total estimé à 2,5 milliards de dollars, passe par Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, le Cambodge, le Viêt-Nam et Kunming (sud de la Chine). Une branche de cette ligne passera par le Laos. L’Indonésie, le Brunei et les Philippines ne sont pas concernés par ce projet. Au prochain sommet de Singapour en novembre, si tous les pays concernés approuvent définitivement les termes du projet, les travaux commenceront très rapidement et seront terminés en 2006, selon les officiels malaisiens.

L’AFTA conçue dans la douleur

Les dix ministres du commerce de l’ASEAN se sont réunis au début du mois d’octobre à Chiang Mai (dans le nord de la Thaïlande) pour créer une Zone régionale de Libre-échange (AFTA) qui devrait entrer en vigueur en 2003. Malgré une bonne volonté apparente de l’ensemble des dix pays, malgré l’ouverture de l’AFTA aux pays du Pacifique (l’Australie et la Nouvelle-Zélande), les problèmes d’intérêts des uns et des autres n’ont pas encore trouvé de solutions. Par exemple, la Malaisie ne voit pas d’un très bon œil la réduction des tarifs douaniers pour les importations automobiles car elle a sa marque nationale Proton à protéger. Un protocole sera signé au mois de novembre pour permettre à certains pays de retarder le processus de libéralisation des secteurs qui ne supporteraient pas la concurrence. L’exception malaisienne va être imitée par plusieurs pays dans des domaines variés. On a quelques raisons de soupçonner que cette Zone régionale de Libre-échange ne ressemblera que très vaguement à une véritable zone de libre-échange.

Sommet Europe-Asie à Séoul

Le troisième sommet Europe-Asie (ASEM) réunissant les quinze pays de l’Union européenne et dix pays asiatiques (la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Indonésie, le Brunei, les Philippines, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande et le Viêt-Nam) a clôturé ses travaux le samedi 21 octobre à Séoul. MM. Jacques Chirac et Kim Dae Jung, président de la Corée du Sud et prix Nobel de la Paix 2000, ont parlé de « rééquilibrer le monde de demain », d’ « un pas important sur la voie d’un partenariat véritable pour la prospérité de demain ». Il a été question d’instaurer dans les années à venir une « autoroute de l’information euro-asiatique » et le lancement d’un programme d’échanges permettant à 5000 jeunes Asiatiques et Européens de voyager.

« Au XXIe siècle, nous poursuivrons le chemin choisi et que cela nous prenne 50 ans, 100 ans ou plus, nous ne fléchirons jamais » a déclaré Lê Kha Phiêu, le secrétaire général du PCV, devant une centaine de chercheurs internationaux lors d’une conférence sur le rôle du Viêt-nam au XXe siècle. Le numéro un du Parti démontre une habituelle obstination, quasi rituelle, reflet de l’obscurantisme politique du Parti qui a fêté, en février dernier, son 70e anniversaire. Sur un pays peuplé d’environ 78 millions d’habitants, 2,5 millions de membres encartés détiennent un monopole absolu sur les affaires politiques. Selon le « South China Morning Post », Lê Kha Phiêu vise la présidence du pays ce qui n’est pas sans créer quelques troubles au sein des hautes sphères du Parti.

Rencontre de la jeunesse sino-vietnamienne à Pékin

Le Parti, l’État et le peuple vietnamiens (dans l’ordre svp ! NDLR) prennent en considération le rôle d’avant-garde et les contributions des jeunes dans toutes les étapes de la révolution, a affirmé le secrétaire général du PCV Lê Kha Phiêu. Dans sa lettre envoyée à la Rencontre d’amitié de la jeunesse sino-vietnamienne tenue du 15 au 24 octobre à Pékin, Lê Kha Phiêu a écrit notamment : « la coopération et les rencontres des jeunes des deux pays favoriseront les échanges d’expériences et de connaissances, ce qui contribue au développement de chacun des deux pays ». Dans sa lettre adressée à la même Rencontre sino-vietnamienne, le chef du Parti et de l’État chinois Jang Zemin a souhaité que les jeunes vietnamiens et chinois fassent valoir leurs relations d’amitié traditionnelle, cultivées par les dirigeants des deux pays, intensifient les échanges à l’avantage de la coopération bilatérale et assurent la lourde responsabilité de l’histoire en promouvant les relations sino-vietnamiennes sous la devise « voisinage amical, coopération intégrale, stabilité durable pour s’orienter vers l’avenir » (Ouf ! NDLR). Rappelons que 80 jeunes vietnamiens participent à cette manifestation. (AVI)

Symposium sino-vietnamien sur le socialisme à Hanoi

« Les expériences du Vietnam et de la Chine dans l’édification du socialisme sont le sujet axial d’un symposium sino-vietnamien de deux jours ouvert ce vendredi (10 novembre 2000) à Hanoi, sous la co-présidence de MM. Nguyên Duc Binh, membre du PC vietnamien, président du conseil de théories du comité central du PCV, et Li Tieying, membre du bureau politique du PC chinois, président de la Commission des sciences sociales de Chine. Le colloque porte sur trois contenus principaux : la rénovation économique au Vietnam et les politiques de réforme et d’ouverture de la Chine ; l’édification du Parti communiste dans l’économie de marché et la globalisation et les relations internationales. Il s’agit du 2e séminaire du genre. Le premier a eu lieu en juin dernier à Pékin » (AVI)


La troisième guerre d'Indochine
(1975 -1999) de Bui Xuân Quang*

Jean Lefrançois

Entre le 17 avril et décembre 1975, en même temps que s'achève la seconde guerre d'Indochine, un nouvel ordre, communiste, s'installe sur trois pays d'Indochine, le Viêt Nam, le Cambodge et le Laos. Personne n'a jamais cru que cet ordre serait très humain - beaucoup savent qu'il sera totalitaire - mais presque tous s'accordent pour prédire une période de paix. Or, c'est tout autre chose qui surgit à cette époque, une suite de guerres, de conflits et de déséquilibres, désignée par Bui Xuân Quang comme la troisième guerre d'Indochine, période chaotique ouverte par le grand changement affectant l'Indochine en 1975, qui s'achèvera progressivement dans un nouvel équilibre, celui qui prend forme à partir de 1995 avec l'adhésion du Viêt Nam à l'Asean.

C'est à expliquer cette apparente anomalie que s'attache l'ouvrage de Bui Xuân Quang. Il est impossible de résumer cette étude de plus de 800 pages, à la fois foisonnante et rigoureuse, sous-tendue par une immense documentation Il est tout juste possible ici de préciser les grandes lignes de sa démarche. "Boîte à outils et grille de lecture", c'est la formule choisie par l'éditeur pour présenter ce livre au public sur la page de couverture. On peut retenir l'expression dans la mesure où elle laisse entendre que beaucoup plus qu'un livre d'histoire ordinaire, cet ouvrage ouvre à l'intelligence de l'histoire, et surtout parce qu'elle décrit la démarche de l'auteur qui commence par forger soigneusement les outils conceptuels qu'il va utiliser et faire jouer avec beaucoup de subtilité au cours de son analyse.

Les deux outils les plus importants, omniprésents dans le livre de son titre jusqu'à sa conclusion, sont le concept de "sécurité" et l'entité géographique "Asie du Sud-Est" où le premier est mis à l'épreuve. Ces deux termes, apparemment banals et bien connus, sont retors à la définition et accumulent embûches et ambiguïtés. Il est difficile de définir le premier autrement que par l'absence de ses contraires, à savoir dangers, menaces. Cependant la sécurité reste un instrument d'analyse indispensable en tant qu'elle est le moteur de l'histoire et même de la guerre. L'auteur dégage en fin compte un concept opératoire de sécurité défini avant tout comme la recherche d'un équilibre. Circonscrire l'Asie du Sud-Est, une appellation qui date de 1943, n'est pas plus facile. Son cadre géographique est déjà discontinu et contradictoire. Seule peut-être l'histoire récente donne une cohésion à cet ensemble de huit ou neuf pays qui la composent, si l'on excepte la Thaïlande : la coïncidence de mouvements et des luttes d'indépendance, suivie d'une série de convergences en matière de pouvoirs et de sociétés, mais aussi de concurrences à l'intérieur de la région.

Jusqu'en 1975, les formes de sécurité ont été imposées à l'Asie du Sud-Est à partir de l'extérieur. La forme impériale de sécurité chinoise a longtemps été décisive. Elle fut remplacée quelque temps par le système colonial qui assura la paix par la mise en tutelle des divers pays. A la sécurité par la domination, ont succédé des indépendances assistées sous les patronages soviétiques ou américains. Après 1975, la sécurité de l'Asie du Sud-est se définit par rapport aux trois pays indochinois, le Viêt Nam, le Cambodge et le Laos, dont les communismes de guerres vont se transformer en guerre des communismes. A l'extérieur, on assiste à la rupture du monde communiste avec la rivalité de la Chine et de la Russie. A l'intérieur de la zone considérée, une double fracture est présente. Une première scission divise l'Indochine en deux camps, communiste et non communiste, mais à l'intérieur du camp communiste, une seconde sépare le Laos et le Viêt Nam proches de Moscou du Cambodge soutenu par la Chine. C'est à partir de ce désordre, envenimé par les déséquilibres et conflits internes à chacun des pays, qu'il faut comprendre l'histoire qui va suivre. Une logique de guerre s'installe qui est une tentative de retrouver un nouvel équilibre, autrement dit la sécurité est cherchée par et dans la guerre.

A partir de là, l'analyse de l'auteur va suivre avec patience tous les développements multiformes de la crise indochinoise. Elle montre comment la radicalisation qui s'opère sous des formes différentes à l'intérieur des régimes communistes d'Indochine et de Chine conduisent à l'intervention vietnamienne au Cambodge (25 décembre 1978), à l'attaque chinoise au Viêt Nam, puis à l'embourbement du Viêt Nam au Cambodge. De la même façon, nous verrons, sous la pression internationale et par la force des impératifs de sécurité régionale et nationale, se recomposer un nouvel équilibre de l'Asie du Sud-Est, qui, à travers le retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge, les accords de paix sur le Cambodge du 23 octobre 1991, la réconciliation du Viêt Nam et de la Chine, la levée de l’embargo américain sur le Viêt Nam et surtout l’adhésion des pays communistes indochinois à l’Asean aboutit à la fragile ou durable paix que nous connaissons aujourd'hui. Il est inutile de dire que cette présentation a été obligée de négliger la partie la plus riche du livre, l'analyse minutieuse des situations et des faits. Mais il faut absolument prendre la patience de lire ce livre, désormais indispensable à l'intelligence d'une période d'histoire dont les événements ont si souvent rempli de perplexité leurs contemporains, même quand ils en étaient les acteurs.

J.L.


*La troisième guerre d'Indochine (1975-1999), Sécurité et géopolitique en Asie du Sud-Est, l'Harmattan, juin 2000, 826 pp. 390FF. Bùi Xuân Quang, homonyme du directeur de la publication Viet-Nam infos, enseigne les Relations internationales à l’université Paris X à Nanterre.