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Archives - économie/politique

VIET NAM infos numéro 7- 15 juillet 2001

La banque mondiale vient de signer un très important crédit pour le Viêt-Nam. Le 5 juillet dernier, la banque mondiale vient d'offrir au Viêt-Nam un prêt de 629 millions de dollars au total pour l'année fiscale en cours. C'est le prêt le plus élevé, jusqu'à cette date, offert par la banque mondiale au Viêt-Nam. Selon M.Jamil Kassum, vice-président de la banque mondiale, la plus grande partie de cette somme sera consacrée à soutenir la réforme du système bancaire, la création d'un secteur d'entreprises efficaces, l'ouverture au marché mondial et l'amélioration des dépenses publiques.

Un projet autrichien rejeté. Un projet "pour améliorer la qualité des eaux du Grand Lac de l'Ouest (Hô Tây)", qui consiste à remplacer l'eau du lac par l'eau du Fleuve rouge, et qui sera financé par une aide autrichienne de 32 millions de dollars a été vigoureusement contesté par les médias officiels. Il lui a été reproché qu'il risque de détruire l'environnement écologi-que du lac. Les autorités municipales de Ha Nôi ont donc décidé de rejeter ce projet. Hô Tây, le Grand Lac de l'Ouest, le lac naturel le plus grand du Viêt-Nam, contient quelque 13 millions de m3 d'eau polluée par des ordures ménagères et par des déchets industriels.

L'assemblée nationale du Viêt-Nam vient de voter le vendredi 29 juin 2001 un projet de 4 milliards de dollars pour la construction d'un barrage dans la région de Son La. Selon le journal Thanh Niên de Ho Chi Minh-Ville, beaucoup de députés critiquaient ce projet, demandant une étude plus approfondie pour améliorer la sécurité. mais le projet a été voté avec seulement deux jours de retard, et deux semaines après l'approbation du bureau politique. Selon le journal en langue anglaise Saigon Times Daily, le barrage aurait une hauteur de 265 m, submergerait une superficie de plus de 44 700 hectares, y compris une section de 41 km de route nationale, et ferait déplacer 100 000 personnes. Son La, en plus, est une région où les tremblements de terre ne sont pas rares, une petite brèche dans le barrage en question et le barrage Hoa Binh qui se trouve plus bas s'écroulerait, inonderait Ha Noi et ses fameuses trente-six rues. Seuls les 6e étages et plus des immeubles seraient hors de l'eau. Les pourcentages des votes ne sont pas rendus publics. Remarquons que les minorités ethniques composeraient la majorité des "personnes déplacées". Plusieurs questions sont restées sans réponses. L'une d'elles mérite d'être signalée : qui payerait les 4 milliards de dollars? Et une autre, beaucoup moins importante : combien de milliards tomberaient dans les poches de nos dirigeants et serviteurs du peuple?

"Le Japon est aujourd'hui le plus important partenaire économique du Viêt-Nam et le plus important donateur de fonds du pays" a déclaré le premier ministre vietnamien Phan Van Khai lors d'un symposium organisé à Tokyo par le quotidien économique Nihon Keizai Shimbum. M. Khai a donné quelques chiffres : au cours des cinq premiers mois de l'année, les investissements japonais se montent à 4 milliards de dollars (dont 2,1 milliards sont déjà encaissés) alors que pour l'année 2000, les échanges entre les deux pays s'étaient élevés à 5 milliards (16% du commerce extérieur vietnamien). Cette place de n.1 pourrait être détrônée rapidement si le traité commercial américano-vietnamien était ratifié dans les prochains jours. Malgré les problèmes de droits de l'Homme soulevés par de nombreuses figures de l'opposition religieuse, le président américain G. W. Bush a demandé, début juin, au sénat américain de ratifier l'accord de normalisation commerciale entre les deux pays signé au mois de juillet 2000.

Résolution européenne

Le Parlement européen a adopté jeudi 5 juillet 2001 une résolution demandant au Viêt-Nam de "garantir le plein respect des libertés religieuses pour les croyants bouddhistes, catholiques, protestants, ainsi que pour toutes les autres Eglises dites non reconnues", et de libérer "tous les prisonniers de conscience et notamment leTrès Vénérable Thich Huyen Quang et leVénérable Thich Quang Dô ainsi que le père Nguyên Van Ly et de leur accorder la liberté de circulation". Les députés européens invitent dans la même résolution "le gouvernement vietnamien à garantir le retour sûr, digne et volontaire de ceux qui avaient quitté les Hauts Plateaux du Viêt-Nam central pour se réfugier au Cambodge, en accord avec l'UNHCR, tout en leur garantissant la liberté de religion et de culte". Cette résolution est la synthèse de sept projets proposés par sept partis de l'Union européenne, dont l'un provient du "Parti communiste européen et les partis de l'extrême gauche". Les 626 députés européens ont adopté à l'unanimité la résolution pour la liberté religieuse au Viêt-Nam (aucun vote blanc)

Rappelons qu'au début d'avril, un député de l'opposition norvégienne, M. Karl Rise et ses deux assistants ont pu rendre visite aux religieux de la région de Huê, dont le père Nguyên Van Ly (avant son arrestation), et au Vénérable Thich Quang Dô à Ho Chi Minh Ville avant d'être arrêtés et expulsés. Le 6 juin, le député européen Olivier Dupuis, secrétaire du Parti Radical Transnational et son assistant Martin Schulthes ont réussi à s'introduire dans la pagode où réside le Vénérable Quang Dô, sans pouvoir le rencontrer à cause des membres de la Sûreté en civil. MM. Dupuis et Schulthes ont déployé, devant la pagode, des banderoles réclamant la libération du Vénérable Quang Dô et d'autres dissidents religieux. Ils ont été arrêtés, interrogés pendant quatre heures et demie avant d'être expulsés à leur tour vers l'Europe. (Olivier Dupuis, député européen, est de nationalité belge; le Parti Radical transnational, dont il est le secrétaire est basé en Italie. Martin Schulthes est allemand).

Réactionnaires, vous n'êtes pas seuls. Selon des chiffres donnés officiellement, les forces de la Sûreté ont arrêté 23 000 "réactionnaires" depuis 1976. Jeudi 12 juillet, pendant une cérémonie pour fêter les 55 ans de création des forces de Sûreté, Trân Duc Luong, président de la RSVN parle, de patriotisme révolutionnaire, de fidélité à la nation et au peuple vietnamien. Il ne faut pas oublier que, depuis 1975, des centaines de milliers de Sud-vietnamiens ont été envoyés dans des camps de rééducation et y ont pleinement goûté le patriotisme révolutionnaire. Les autorités communistes ne reconnaissent aucun prisonnier de conscience, il est donc urgent qu'elles nous définissent le mot "réactionnaire". Les députés européens Karl Rise et Olivier Dupuis, arrêtés en avril et en juin (puis expulsés hors du Viêt-Nam) sont-ils comptés dans les 23 000? Signalons que 37 "terroristes de conscience" (pourquoi pas?) ont été arrêtés et lourdement condamnés en mai dernier.

L'impensable ?

Pendant une réunion avec le comité permanent de l'Assemblée générale, le ministre de la justice Nguyên Dinh Lôc a critiqué ouvertement la constitution de 1992. Plusieurs points, dont les cinq premiers articles, selon lui, reflètent un esprit féodal parce qu'ils confient toutes les responsabilités à l'Etat.

Il semblerait que cette idée n'était pas une idée en l'air. Lors du conseil des ministres qui a duré deux jours, le 3 et le 4 juillet derniers, les dirigeants auraient reconnu que la constitution de 1992 dont l'article 4 reconnaît au Parti Communiste le droit (divin ?) de diriger le pays, empêche le pays de s'intégrer dans le monde en marche. Nong Duc Manh, secrétaire général, quant à lui, semblerait adopter une attitude modérée, et préférerait suivre les traces chinoises. Question: le PCV voudrait-il lancer juste un leurre pour calmer les esprits? pour faire sortir les bêtes de leur terrier? ou jouer le "tout pour le tout", afin d'obtenir la ratification du fameux traité commercial américano-vietnamien, et d' avoir ainsi un peu de répit?

Tu es mon frère mais je ne suis pas le tien !

A la grande surprise des observateurs, le numéro 2 nord- coréen, Kim Yong-Nam, en visite au Viêt-Nam le mercredi 12 juillet, a évoqué les relations chaleureuses entre les deux peuples dans le passé lorsque la Nord-Corée envoyait 800 de ses pilotes contrer l'aviation américaine. Puis Kim a rendu visite au cimetière de Bac Giang (au nord-est de Ha Nôi) où sont enterrés 14 pilotes nord-coréens.

Nous savons tous que la Corée du Nord subit une famine terrifiante depuis 1995 (300 000 nord-coréens se sont réfugiés en Chine, pays ami) à cause des "calamités naturelles"(!), et le Viêt-Nam est actuellement le deuxième (et grand) exportateur de riz. Voici la réponse du Viêt-Nam par la bouche de sa porte-parole Phan Thuy Thanh :"Le Viêt-Nam a une grande sympathie pour les difficultés actuelles que connaît la Corée du Nord, mais il ne peut l'aider que suivant ses possibilités. Le Viêt-Nam tient à contribuer à la stabilité et à la paix dans la région". C'est à dire pour la réunification des deux Corée? Ce serait la solution pour résoudre le problème de la famine du Nord.


Une voix française
Michel PELCHAT

BXQ. Monsieur Pelchat (*), vous êtes un des très rares hommes politiques français à s'être engagés pour la démocratie et les droits de l'Homme au Viêt-Nam. Cet engagement vient-il de votre passé, votre attachement pour le Viêt-Nam ou c'est une attitude, disons continue, puisque vous avez combattu pour les droits de l'Homme en Europe et dans le monde en tant que sénateur français?

 

Michel PELCHAT. C'est un engagement en tant que personne, pas parce que je suis sénateur ou député; même lorsque je n'étais pas élu. Je me souviens en 1980, du cas de Manuel Estrala qui était victime des colonels argentins. On lui a brisé les mains pour l'empêcher de jouer du piano. Quand il est sorti de prison et qu'il est rentré en France, je commençai à me battre à ses côtés. Nous sommes devenus amis, nous nous voyons régulièrement.

Après ce sont les pays baltes. Je ne suis jamais allé dans ce pays mais après qu'ils ont manifesté pour retrouver leur indépendance, je me suis retrouvé immédiatement à leurs côtés. Je me suis senti un besoin de me battre. C'est vrai que mes collègues n'y voyaient là aucune possibilité de débouché et pensaient que ces pays étaient complètement intégrés à l'Union soviétique. Eh bien, voyez, en 91, les choses ont évolué.

En ce qui concerne le Viêt-Nam, c'est vrai que je suis très attaché à ce peuple qui est exceptionnel, intelligent et travailleur. Et de voir ce peuple réduit à l'état d'esclavage ou semi-esclavage par un système autoritaire, totalitaire comme le système communiste, c'est insupportable. Cela ne durera pas. Je suis convaincu que le communisme sera renversé au Viêt-Nam. Je me bats dans cette perspective avec mes amis vietnamiens et avec, malheureusement, quelques rares Français qui veulent bien nous suivre dans ce combat. Car, les Français, dans leur majorité, jouent le pragmatisme et nous disent :"Regardez, ça s'améliore au Viêt-Nam, on peut passer des vacances, il y a des hôtels...". Mais ce n'est pas cela, la démocratie. On pouvait passer des vacances en URSS, cela n'a pas empêché les goulags, les exécutions sommaires, et cela n'empêche pas ce qui se passe aujourd'hui au Viêt-Nam. C'est la même chose.

Je pense que plutôt de dire que c'est un pays qui est en train de s'améliorer, il y a des signes, mais c'est trop lent, il faut pousser - si ces signes arrivent aujourd'hui, c'est peut être parce que une minorité de Vietnamiens de la diaspora à l'extérieur n'ont jamais baissé les bras, ont toujours continué le combat pour la liberté, pour la libération de leur pays - et poursuivre, avec un certain réalisme tout de même, en reconnaissant certaines avancées, poursuivre quand même jusqu'à ce que le Viêt-Nam devienne un pays réellement démocratique. La raison essentielle, on va la résumer : c'est vrai, je mène un combat pour les droits de l'Homme dans le monde. Je me bats aujourd'hui contre l'embargo des Américains sur l'Irak puisque c'est un génocide du peuple irakien. Je me bats aussi pour que les Palestiniens retrouvent leur dignité et leur pays. Je me suis battu pour que les pays baltes se libèrent du joug soviétique. Je me bats avec les Vietnamiens pour qu'ils retrouvent la liberté et la démocratie dans leur pays.

BXQ. Vous êtes président du Comité français pour la démocratie au Vietnam, n'est-ce pas un engagement trop "fort" pour un sénateur français?

Michel PELCHAT. Ce n'est pas un engagement trop fort, malheureu-sement, mais c'est vrai que j'ai fait un certain nombre de colloques, de réunions, de manifestations. Je suis même allé manifester sous les fenêtres de l'ambassade vietnamienne à certaines occasions avec mes amis vietnamiens. Je constate qu'il y a très peu de participation de la population française, c'est très peu repris par les journaux, par la presse. Les propos qui sont échangés lors de nos colloques, par des personnalités - M. Nguyen Chi Thien qui sortait de 27 ans d'internement parce qu'il écrivait simplement de la poésie, l'ancien colonel Bui Tin, dissident, et quelques autres personnalités extraordinaires - ces propos ont très peu d'échos dans la presse française et c'est dommage. Alors, ça pourrait me faire dire :"Je perds mon temps, je suis en train de brasser de l'air". Mais il y a tout de même chaque fois une petite avancée. Il ne faut jamais se décourager quand on mène un tel combat. Les résultats ne sont jamais immédiats. Ce combat n'est jamais inutile. Celui qui baisse les bras, il a perdu tout de suite. Et ce pays, la France, permet la liberté d'exprimer ses opinions, on doit en profiter, on doit en faire profiter ses amis vietnamiens pour ce qui concerne le Viêt-Nam et un jour, cela finira par payer.

BXQ. Nous savons bien qu'un système ne change que quand il subit des pressions. Après le IXe Congrès, M. Lê Kha Phiêu qui appartient à la clique stalinienne est invité à partir.

Michel PELCHAT. L'exemple de Lê Kha Phiêu est quand même intéressant parce qu'il a été reçu il y quelques mois par les plus hautes autorités françaises comme un chef d'Etat, y compris par mes amis politiques. J'ai eu l'occasion à ce moment-là d'exprimer de façon véhémente mon opposition à la réception qui lui a été faite, demandant que cet homme soit jugé et condamné pour les crimes qu'il a commis au cours de sa carrière militaire. Il y a des manifestations et oppositions qui ont apparu comme minoritaires et sans effet. Alors que tout le monde le voyait comme le futur président du Viêt-Nam, à cette époque il était secrétaire général, eh bien, plutôt que d'aller dans ce sens-là, les manifestations ont contribué à faire comprendre à un certain nombre que le Viêt-Nam devrait évoluer et donc Phiêu a été écarté de toute responsabilité. C'est un signe. C'est sûr qu'il reste énormément de choses à faire, mais voyez-vous, des petits signes comme ça, des petits pas comme ça qui nous sont donnés ne peuvent que nous encourager à poursuivre notre combat.

Et moi, je ne voudrais pas être à la place de ceux qui ont accueilli M. Lê Kha Phiêu en avril 2000 comme un chef d'Etat. Peut-être à ce moment-là, il aurait fallu se comporter avec plus de prudence à l'égard d'un certain nombre de tortionnaires qui souhaiteraient être reçus avec tous les honneurs qui ne leur sont pas dus mais qu'ils voudraient qu'ils leur soient rendus. Voilà, je pense que nous avons fait un progrès. Et c'est bien que nous avons été, vous et moi, dans le camp de ceux qui ont dénoncé cette visite.

BXQ. Vous avez organisé pour le Comité français pour la démocratie au Vietnam des colloques au Sénat. Dans l'avenir avez-vous quelques idées sur les prochaines actions de votre Comité?

Michel PELCHAT. Il faut que nous fassions de nouvelles réunions, organisions de nouveaux colloques. Comme vous avez dit, il y a des petits signes. Je suis catholique et ma référence est le pape. Jean Paul II est un homme exceptionnel, et je vois qu'il est très engagé, il engage l'Eglise dans l'universalité des religions et des philosophies, et je crois qu'il serait bien que le prochain colloque porte sur la liberté religieuse au Viêt-Nam. C'est vrai que cette liberté concerne en premier lieu les bouddhistes, mais elle concerne aussi les catholiques, les Hoa Hao, les Cao Dai. Toutes ces expressions religieuses et philosophiques sont combattues par le pouvoir communiste. Je pense qu'autour de ce thème, nous aurions l'occasion d'essayer d'associer nos concitoyens à ces manifestations. ça pourrait être un thème mobilisateur.

(interview au magnétophone réalisée le 28 juin 2001)

(*) sénateur de l'Essonne