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Archives - Thèmes et humeurs

VIET NAM infos numéro 1 - 15 juillet 2000

L'assistance à dictature en péril, nouvelle version du "devoir d'ingérence" ?

Philippe Gervais

Le Viêt-Nam, un cas type de devoir d'ingérence

L'actualité récente nous a familiarisés avec le concept politique d'ingérence internationale au nom de la sauvegarde des droits de l'Homme. Faut-il rappeler que cette doctrine est issue des interventions humanitaires des "French Doctors"; elle est, en effet, née, en 1978, d'une initiative de Bernard Kouchner pour porter secours aux "Boat People", victimes de l'invasion communiste au Viêt-Nam ?

L'ingérence veut remonter des conséquences (les désastres humanitaires, les atteintes aux droits de l'Homme) aux causes (les régimes dictatoriaux, le fascisme, le totalitarisme); elle préconise l'intervention (par la persuasion, au besoin, par la force) pour faire cesser ces situations. L'ingérence s'oppose, désormais, au principe de souveraineté nationale, naguère une des règles fondamentales du droit international.

Le régime communiste vietnamien a été imposé par la violence, il y a vingt-cinq ans, par l'armée du Nord Viêt-Nam. Cette "libération" a été construite avec des massacres de Hué (3000 civils, parmi lesquels quatre allemands dont trois enseignants et la femme de l'un d'entre eux) et a conduit aux camps de rééducation sur les modèles soviétiques et chinois. La censure, la peine de mort et la détention sans jugement jusqu'à deux ans, de tout citoyen soupçonné d'atteinte à la sécurité nationale (directive 31/CP signée en 1997) sont toujours en vigueur.

La République socialiste du Viêt-Nam reste l'un des derniers régimes totalitaires marxistes au monde avec, notamment, celui de Slobodan Milosevic ! Il partage, enfin, avec ces régimes fossiles la désaffection populaire qui a conduit à la chute du mur de Berlin : la "Libération" du Viêt-Nam, célébrée avec éclat par les médias en France, a été fêtée à huis clos, le 17 avril dernier, par l'équipe dirigeante de Hanoi.

De l'ingérence à l'assistance

Les relations internationales ont toujours été, en France, un espace imaginaire où se projettent les fantasmes politiques et où se révèlent les appétits économiques. Le Viêt-Nam illustre parfaitement cette constante; il représente, en effet, une forte charge affective, mais il est, aussi, potentiellement, un important marché en Asie du Sud Est. Pour ces deux types de raisons, la situation des droits de l'Homme au Viêt-Nam et le caractère totalitaire de son régime politique font l'objet d'une conspiration du silence.

Le panorama des raisons différentes, voire opposées, qui conduisent à ce consensus dans la désinformation mérite d'être dressé :

  les idéologues, d'abord, marxistes-léninistes et tiers-mondistes pour qui ce type de régime est un modèle.

  les politiciens, ensuite, de droite comme de gauche, qui, pour des raisons électorales, craignent, par-dessus tout l'étiquette "extrême droite" accolée à tous ceux qui critiquent un régime communiste ; ceux aussi, qui pensent que le silence est le meilleur moyen d'éviter un durcissement du régime vietnamien.

  les milieux économiques, enfin, qui se divisent eux-mêmes en deux sous-groupes : ceux qui n'ont aucun état d'âme et qui pensent en termes de part de marché et de profits et ceux qui croient (ou font croire) qu'une libéralisation du système économique conduirait nécessairement à plus de libertés politiques.

Pour toutes ces raisons, la non-ingérence vis-à-vis du Viêt-Nam communiste a prévalu, en France, au mépris des grands principes et des leçons de morale largement prodiguées au monde entier. Mais cette position de neutralité fait, désormais, place à une attitude de bienveillante assistance.

Deux éléments concourent, à cette nouvelle attitude :

  le développement du Viêt-Nam marque le pas et ses dirigeants sont en quête d'aide économique,

  en même temps le Viêt-Nam serait le dernier des "Dragons" asiatiques (après Taiwan, la Corée, la Chine...), celui qui n'a pas encore démarré et qui, pense-t-on, recèlerait une dernière chance de prendre place sur ces marchés.

La politique d'assistance repose sur le calcul suivant : pour espérer profiter de la future fabuleuse croissance économique du Viêt-Nam, il faut consolider le régime actuel. Certes, le système actuel n'est pas libéral, ni au sens politique (ce qui regarde les citoyens du Viêt-Nam), ni au sens économique (ce qui est préoccupant pour les investisseurs). Il suffit donc, à nos gouvernants, de prendre acte de "sa volonté de réforme et d'ouverture" pour consentir à des "apports de technologie", à des "relations bilatérales" et à "une zone de solidarité prioritaire".

L'assistance à dictature marxiste en péril se met ainsi en place sans que cette dernière renonce à aucun des principes totalitaires qui la fondent (notamment, l'article 4 de la constitution qui stipule le leadership du Parti communiste sur la vie politique vietnamienne).

Un marché de dupes

Le "troc" implicite qui sous-tend la politique d'assistance annoncée lors de la récente visite à Paris du Secrétaire général du PCV sera jugé à ses résultats; il est, d'ores et déjà, facile de les prévoir :

  Une démocratisation en trompe-l'œil. Il n'est jamais bon de pratiquer la méthode "deux poids, deux mesures" à propos du "devoir d'ingérence" et de donner des leçons de vertu au monde.
Mais il est pire de s'abriter derrière des prétextes politiques mensongers pour couvrir des intérêts économiques. Il est, en effet, radicalement contradictoire de louer "la volonté de réforme et d'ouverture" du gouvernement vietnamien et de recevoir en visite officielle, à Paris, le chef du Parti unique imposé aux citoyens de ce pays.

  Un développement bureaucratique et parasitaire
Les investisseurs et bailleurs de fonds doivent savoir qu'ils investissent à fonds perdus pour consolider une "oligarchie pourrissante", une "camarilla féroce", selon les termes employés récemment par un journaliste écrivain qui avait dans le passé glorifié Hô Chi Minh et ses troupes.

P.G.