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Archives - Thèmes et humeurs

VIET NAM infos numéro 2 - 15 septembre 2000

Charité mal ordonnée ne profite jamais

Bui Xuân Quang

Depuis toujours, les communistes vietna­miens et leurs bons amis manipulent l’opinion publique française, et surtout ceux qui ont le pouvoir de décision, en jouant à la fois sur le complexe de culpabi­lité de ceux-ci et sur la charité chrétienne. Combien de pages n’avons-nous pas lues sur les « erreurs » françaises du passé (comme par exemple, « si on avait bien traité Ho Chi Minh à la conférence de Fontainebleau en 1946, il ne se serait pas laissé débaucher par les com­munistes », etc.…) ; combien de lignes n’ont-elles pas été écrites par des journalistes, pro­fessionnels éclairés, qui nous suggèrent d’aider Hanoi afin d’éviter que les communis­tes vietnamiens ne tombent dans les bras de Moscou ou de Pékin !

De par notre culture et notre éducation, nous Français préférons sauver le mauvais plutôt que de nous occuper du bon. Il suffit qu’un secrétaire général du parti, héros ou non de la guerre dans le passé, un peu ma­ladroit, un peu mal habillé, lance une phrase du style : « Vous avez raison, nous recon­naissons que nous avons fait des erreurs, mais il faut du temps pour changer… » et nous voilà partis en bateau pour un nouveau tour. Ne voilà-t-il pas que, quelques jours avant que M. Jacques Chirac reçoive M. Lê Kha Phiêu, secrétaire général du PCV, comme un chef d’Etat, un analyste, bien en vue, me glissait à l’oreille : « Lê Kha Phiêu, peut-être, a promis quelque chose à Jacques Chirac », (ah ! chers amis, je rêve) et qu’un ami vietnamien qui se prétendait très introduit dans le milieu politique français me murmurait entre deux portes, comme une confidence inestimable, la même bêtise ! Bref, en Occident, nous sommes en­core très friands de repentances. On aime­rait tellement fêter le retour le l’enfant pro­digue qu’on lui envoie un chèque en blanc pour qu’il revienne vite !

En fait, en le recevant comme un chef d’Etat, M. Chirac a aidé M. Lê Kha Phiêu, élève obéissant de Pékin, à s’imposer au­près de ses compères (lire Viêt-Nam Infos 1. parapluie économique).

Le gouvernement communiste vietnamien n’a pas à choisir entre la Chine et l’Occident. Il choisit la Chine et l’Occident. La Chine pour la méthode de gouvernement par l’ouverture économique et la fermeture politique, le sourire vers l’extérieur et la terreur réservée à l’intérieur. Et l’Occident pour les aides éco­nomiques, l’assistance sans obligation de re­tour. Ce qu’on appelle, au Viêt-Nam, encore et toujours, « l’économie de marché à orien­tation socialiste ».

Ne nous nourrissons pas d’illusions. L’embargo américain contre Cuba durant des décennies n’a pas réussi à débarquer Castro. Un soutien de l’extérieur à la résistance contre un régime dictatorial n’est ja­mais suf­fisant pour renverser le régime en question. Mais si les gouvernements qui prétendent parler au nom des droits de l’Homme et de la morale commencent par donner la preuve d’un minimum de dignité et d’intelligence, ils ont certainement le pouvoir d’accélérer le processus entraînant la chute des dictatures et surtout, dans l’immédiat, de soulager le désarroi moral de ceux qui croient en la dé­mocratie.

Terminons sur une note optimiste. Ce mon­sieur Lê Kha Phiêu, à force de trop jouer la carte chinoise et médiatique, peut se créer des problèmes à l’intérieur de son parti. Et Alain Madelin, par ses visites surprises aux opposants intellectuels et religieux à l’intérieur du Viêt-Nam (lire les informations dans ce numéro) met un peu d’huile aux rouages grippés des consciences.

B.X.Q.