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Archives - Thèmes et humeurs

VIET NAM infos numéro 21 - 15 novembre 2003


lettre à un jeune moine

 


Toi, jeune moine, ta génération a été éduquée pour oublier, pour ignorer.
Notre passé aussi présent et palpable que la journée d’hier a été renié, effacé.
Sais-tu ce que tes aînés ont fait pour contribuer au patrimoine culturel, éducatif du pays ? Te rends-tu compte de leurs efforts et sacrifices pour la paix ? Et cela pendant les moments les plus délicats, les plus difficiles de l’histoire de notre peuple. 

Notre héritage a été construit siècle après siècle, avec énormément de souffrances, de sang et de larmes. Ceux qui ont contribué à cet héritage jusqu’à leur dernier souffle, ont été acculés à la mort, ou ont été pendant des mois et des années emprisonnés, déportés, humiliés. Mais vivre ou mourir dans la gloire ou dans la honte, tout cela ne touche pas le cœur de celui qui sait vivre et mourir dans la dignité, n’entache pas la vertu de celui qui a choisi d’être moine.

Celui qui a pris la décision d’entrer dans la vie religieuse, a fait le choix de se tourner vers de grands horizons, l’esprit et le corps ne subissant plus les règles de la vie ordinaire. Il ne se laisse pas tenter par des fausses valeurs du monde, ne baisse la tête non plus devant aucune force brutale. Un brin de gloire, un petit intérêt, un petit confort, ne sont que de petites choses insignifiantes, médiocres et totalement factices. Ainsi, ne crie pas sur les toits que tu défends la loi du Bouddha, si tu ne fais que garder pagodes et monastères pour abriter les forces maléfiques, pour que des déchets de la société puissent venir s’y réunir. Ne dis pas à haute voix que tu enseignes la loi bouddhique si tu utilises les paroles du Bouddha pour flatter roi et mandarins, pour quémander des miettes de cadeaux…..Autrefois, quand le roi obligeait des moines à baisser la tête pour recevoir des titres et argents de la cour, pour être des valets de mandarins, le grand Fondateur a posé sa tête sur la lame tranchante de l’épée, préservant la vertu du moine, suivant ainsi les préceptes « aucune peur et aucune demande » des Grands Disciples. Ce qui se résume simplement en ces mots : « le religieux ne se baisse pas devant le pouvoir et la richesse ».

Supporte les aléas de la vie mais ne te laisse pas diriger par les pouvoirs obscurs de la vie. Adapte-toi au monde mais ne te laisse pas engloutir dans les sales tourbillons du monde. Forge-toi un esprit fort, sans peur. Pratique les lettres, la réflexion, la méditation pour reconnaître le vrai du faux, pour te situer, pour te diriger, pour ne pas t’élancer aveuglément derrière des carrosses extérieurement beaux mais intérieurement pourris qui glissent inexorablement vers l’abîme.

Chaque génération a ses propres problèmes. Nous, les grands aînés, nous avons reçu beaucoup de notre maître Fondateur. Même si nous n’avions donné que très peu en regard de ce que nous avons reçu, parce qu’à la trentaine nous croupions dans les prisons ou peinions à des travaux de forçats, jamais, au grand jamais, nous n’avions fait quoi que ce soit qui aurait pu souiller notre religion, ou trahir notre foi en Bouddha.

J’espère que toi, jeune moine, tu auras la force et le courage d’aller de tes pas sur le chemin de ton choix, de regarder de tes propres yeux dans la direction de ta Vérité. Je serai alors ton compagnon de route pendant tout ce temps qui me reste encore à vivre.

Ecrit d’après une lettre datée du 28.10.2003, de Thich Tuê Sy, moine et poète, adressée aux jeunes moines et nonnes bouddhistes de Huê. BXQ

Bui Xuân Quang