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Archives - Thèmes et humeurs

VIET NAM infos numéro 3 - 15 septembre 2000

Happy end ! Happy end ?

Bui Xuân Quang 

Pour le Viêt-Nam, le voyage de M. Bill Clinton, président des Etats-Unis encore en exercice, même si ce n’est que pour les deux mois qui restent de son mandat, constitue l’événement important de cette fin d’année et fin de siècle. Ce voyage est important non pas parce que l’Amérique tente de se guérir de la grande blessure que lui a infligée l’Histoire, mais parce que les forces pour la Démocratie y trouvent une occasion privilégiée pour affronter le régime réactionnaire et répressif vietnamien.

Aux Etats-Unis, les pressions sur le président américain ne manquent pas. Dernièrement, cinq sénateurs dont deux vétérans de la guerre du Viêt-Nam, John McCain et Charles Robb, ont demandé à M. Clinton d’aborder clairement avec les dirigeants communistes de Ha Nôi le problème des droits de l’Homme. Un document interne  du PCV sur les religions a franchi comme par miracle les portes blindées du comité central pour être exposé au grand jour et prouver de façon irréfutable les pratiques répressives contre les croyances religieuses au Viêt-Nam. Ce genre de fuite est rare. (Signalons cependant qu’en 1978, un document « secret » concernant la religion catholique et la méthode pour la contrer est arrivé jusqu’en France – lire notre dossier dans ce numéro). On peut s’attendre à d’autres fuites, à d’autres découvertes.

Fait nouveau, à suivre : des intellectuels du Nord signent des lettres  communes (MM.Hoang Minh Chinh, Pham Quê Duong, Nguyên Thanh Giang, Hoang Tiên, Trân Dung Tiên) demandant la liberté d’expression et la suppression du décret 31/CP autorisant des arrestations arbitraires. Des dirigeants et représentants bouddhistes, Hoa Hao, catholiques… vont vivement exprimer leurs exigences lors du passage du président Clinton. De son côté, Ha Nôi tente de neutraliser l’effet « droits de l’Homme » : avec l’aide d’avocats réunis à  Cuba, il menace les Etats-Unis d’une procédure réclamant des indemnités pour les victimes de l’agent orange (le gouvernement vietnamien s’occupe de son peuple, n’en doutons pas, puisqu’il vient de décider d’octroyer un salaire à ceux qui sont forcés de travailler à la construction de la route Ho Chi Minh – 1 dollar par jour environ).

Il peut paraître comique de voir des avocats réunis à Cuba, pays de dictature, pour discuter de la défense d’un pays de dictature, le Viêt-Nam, mais, ne nous étonnons de rien, la famille Clinton va avoir le bonheur d’assister à une représentation du Songe d’une nuit d’été. Avec des acteurs vietnamiens et américains. Ecoutons Mme Lorelle Browning, responsable de ce projet d’échange culturel : « les Américains et les Vietnamiens se sont beaucoup fait pleurer, maintenant ils peuvent se faire rire ». Ne croyez pas ceux qui vous racontent que les Américains sont de « grands enfants ». Il y a des grands enfants en Amérique (comme partout ailleurs), mais il n’y a pas que des grands enfants !

Ces derniers jours, Ha Nôi décide de contrôler tous les spectacles live des artistes étrangers. Les artistes étrangers (les chanteurs de Rock sont particulièrement visés) doivent désormais envoyer à l’avance une bande vidéo du spectacle et des textes intégraux. On oublie un peu vite que toutes les manifestations publiques au Viêt-Nam peuvent entraîner des débordements. En 1994, Patricia Kaas a dû arrêter son spectacle à Ha Nôi en plein milieu de la représentation, la police ayant utilisé la manière forte pour empêcher des spectateurs d’entrer sans billets.

Sûrement avec la comédie de Shakespeare, les censeurs du ministère vietnamien de la culture et de l’information peuvent dormir sur leurs deux oreilles, puisqu’elle n’entraînerait que des rires entre Vietnamiens et Américains comme le souhaitait Mme Lorelle Browning. Observons donc les rires et les mines réjouies de Lê Kha Phiêu et de Bill Clinton. Voilà en grandeur nature, une nouvelle version de Roméo et Juliette avec happy end. M. Bill Clinton, président des Etats-Unis, ne mettra ses pieds sur la terre vietnamienne que dans quelques jours. Mais, quoi qu’il arrive il est écrit, quelque part, HAPPY END. Ai-je bien écrit « quoi qu’il arrive… » ?

B.X.Q.