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Archives - Thèmes et humeurs

VIET NAM infos numéro 34 - 15 janvier 2006


Le martyre ignoré de la ville impériale


En 1968, aux premières heures du premier jour du Têt Mâu Thân, le moment du passage à l’année du Singe, les troupes de l’armée communiste du Nord Viêt-Nam ont lancé une attaque générale sur les grands centres urbains du Sud. Parmi les cibles visées par cette attaque, l’ambassade des Etats-Unis, située en plein centre de Saïgon. La ville de Huê a été occupée pendant 26 jours. Après la fuite des communistes une fois leur offensive repoussée, 2326 cadavres y ont été dénombrés..

Un ami qui a assisté aux déterrements des cadavres me dit qu’il lui semble percevoir encore, plus de 35 ans après, leurs odeurs chaque fois qu’il évoque en esprit ces scènes.

Pourtant, c’est en silence que les victimes du drame nourrissent encore le souvenir de leurs souffrances. 1968 était l’année où la montée du socialisme international tenait l’Occident dans son envoûtement. En France, c’était quelques mois avant Mai. Sartre ne voulait pas « désespérer Billancourt ». Bertrand Russel en pleine gloire, à presque 100 ans, se tressait encore une couronne avec son « tribunal », Nguyên Chi Thiên, alors poète obscur, croupissait en prison. En février 1968, le peuple vietnamien, quels que soient ses souffrances et sacrifices, était aux premières lignes de la révolution planétaire. Alors, vous comprenez, ces milliers de morts de Huê étaient classés dans les « pertes et profits » accidentels. On ne peut pas faire une omelette…

Après 1975, lors d’une table ronde entre bien-pensants parisiens sur les 
crimes des Khmers rouges, j’ai demandé aux participants ce qu’ils pensaient des massacres de Huê. On ignorait tout simplement ma question, mais la colère dirigée contre ma personne était physiquement palpable. 

Dans le « dossier » de ce numéro, vous trouverez les premières informations concernant ces massacres. Les faits, les chiffres et les noms. C’est bien peu. Mais ce n’est que le début d’un grand dossier
à venir. Les vietnamophones qui disposent d’une connexion à l’Internet, peuvent consulter sur le site « talawas » le récit de la romancière Nhã Ca, Giai khan sô cho Huê (le voile de deuil pour Huê – récit retraçant les moments vécus par l’auteur pendant les longs jours du Têt Mâu Thân).

Bui Xuân Quang